Originaire de Detroit, dans le Michigan, George Friend joue de la guitare depuis son plus jeune âge. Dans les clubs. Mais il semble alors surtout attiré par le jazz. A 18 ans, il émigre à San Francisco où il joue régulièrement en compagnie du regretté poète de la Beat Generation, Allen Ginsberg. Il revient ensuite à Detroit, où sa rencontre avec John Sinclair le dirige désormais vers le blues. Il peut aussi bien jouer Theolonius Monk que Robert Johnson. Durant une dizaine d'années il va fréquenter les divers clubs de la Motor City, en y côtoyant tout particulièrement, Johnny Bassett, Alberta Adams ainsi que le rock'n'roller Robert Gordon. En 1999, il change d'air et s'installe à Los Angeles. Au cours des deux dernières années, il a surtout assumé le rôle de guitariste auprès de la chanteuse Janiva Magness, en compagnie de laquelle il s’est produit en Belgique. Janiva ayant décroché un contrat d'enregistrement pour Blues Leaf, Joe Morabia (NDR : le boss de ce label) a permis à George d'enregistrer son propre elpee. Musicien complet, George a parfaitement assimilé différents styles pour se forger sa propre identité artistique. Mais il faut reconnaître que les années qu’il a consacrées au jazz l'ont aidé à emprunter sa nouvelle direction. Son répertoire respecte bien l'esprit actuel de Los Angeles. Pas le West Coast jump blues, mais un blues mâtiné de R&B. La collaboration qu’il accorde à Miss Magness lui a permis de bénéficier du soutien de quelques uns des meilleurs musiciens issus de cette scène.
George n'est pas un véritable chanteur ; il préfère laisser étaler toute sa classe sur ses cordes et particulièrement sur quelques plages instrumentales. A l’instar de l'ouverture "The grinder", une plage probablement inspirée par Albert Collins. Du saignant "Juicy", un fragment conduit par le saxophone de Ron Dziubia. Constituée de Jeff Turmes et Donny Gruendler, la section rythmique est redoutable : une rampe de lancement rêvée pour les six cordes. De "I540 special". Un morceau composé par Johnny Bassett qui parvient à agréger jazz et blues sur un tempo exotique, tempo assuré par une autre section rythmique de classe : Rick Reed (ex Amazing Rhythm Aces, William Clarke) à la basse et Donny Gruendler (NDR : issu de Detroit, cet excellent percussionniste a joué en compagnie de Kenny Burrell et Alberta Adams) aux drums. "El Lechero" s’accroche à cet univers teinté d’exotisme ; mais suscite davantage d’excitation. A cause des changements de rythme et du phrasé des guitares échangé entre George et Rick Holmstrom. Le reste se signale par la présence des parties vocales. Intense, le climat musical évolue à haut niveau. A l'avant-plan, la guitare se joue de toutes les embûches. Issu du répertoire d'Otis Rush (des sessions Cobra), "Sit down baby" manoeuvre dans un style proche de Rush. "Lazy ass" ne manque pas d’allure. Signé Joe Weaver, le titre maître est taillé dans du solide R&B. Une plage animée par Ron Dziubia qui double au piano et au honky ténor sax. George a invité l'ancien soliste des Mighty Flyers, Rick Holmstrom, pour lui donner la réplique. Tout d'abord pour un blues des bayous, parcouru par les percussions hypnotiques de Steve Mugalian, un autre ancien des Mighty Flyers. Ensuite pour "All jacked up", un titre remarquable, imprimé sur un rythme élevé. Steve Mugalian et Gregory Boaz (ex Candye Kane) forcent les deux guitaristes à se découvrir. Et le résultat est tout bonnement brillant ! La même section rythmique soutient George pour exécuter un autre voodoo blues : "Drunkard's alibi". Je vous recommande chaudement cet elpee qui s’achève par l’allègre "Wanna tell", une compo contagieuse que l’on chanterait avec plaisir en compagnie de Mr Friend. Excellent !