Feuilleter un album de famille, c’est charrier avec soi son lot de souvenirs : les photos sépia qui se décollent laissent entrevoir un passé qu’on croyait perdu à jamais dans les limbes de notre cerveau flétri. Comme figées dans le temps, elles nous rappellent qu’à une époque, tout était différent : l’odeur de naphtaline réveille en nous d’étranges visions, surgies du néant mais prêtes à nous émouvoir une dernière fois, avant la quille, les pleurs, la nostalgie. En écoutant Faun Fables, on s’imagine à table en compagnie de Dawn McCarthy, cousine imaginaire qui ressasserait avec nous les vieilles discussions de notre enfance. Ces mélodies fardées d’un autre âge, ces ambiances de fête médiévale, ces vieilles guitares blues rafistolées à la va-vite, et puis cette voix archétypale, entre Beth Orton, June Carter et Rose McDowall : le jour du Nouvel An, on n’oubliera pas de souhaiter tout notre bonheur à cette cousine fantasmée, au teint d’actrice de films muets. Aux détours de certaines pages écornées, on croisera également l’oncle Nils (Frykdahl), celui qui chantait de lentes complaintes nordistes de sa voix ampoulée. « Il aimait Scott Walker, Perry Blake et David Tibet », se rappellera-t-on, les larmes aux yeux et la gorge sèche. Une fois l’album parcouru, on décollera quelques photos, en souvenir de ce bon temps. Entouré des les enfants, on murmurera alors les chansons que nous apprit Faun Fables, et on se souviendra que le folk (dark-, country-) berça, il y a longtemps, toutes nos jeunes années… Se rappeler le passé peut parfois être chouette : à condition de ne pas en faire une habitude, pour éviter l’encroûtement.