Bluesbreaker entre Clapton et Taylor, Peter fut longtemps mon favori. A l’époque où il fonda son groupe, le Fleetwood Mac, il était le meilleur chanteur guitariste de blues blanc. Enfin, c’est mon avis. Trois ans plus tard, il quittait le Mac, navigua quelque temps à vue, avant de sombrer. On le croyait perdu pour la musique et en particulier pour le blues. Enfin, pas tout à fait ; car si lors de ses quelques come-back, il n’était plus que l’ombre du grand qu'il avait été, il faut reconnaître qu’il n’a jamais perdu sa sensibilité et sa capacité à communiquer ses émotions personnelles. Son dernier retour chez le Splinter Group prouve qu'il a été repris en main de manière plus professionnelle. Et son ami Nigel Watson n’est pas étranger à cette situation. J’ignore si Nigel l’a pris sous son aile pour faire revivre musicalement Peter ou s'il exploite un filon lucratif. Une chose est sûre, le Splinter se produit régulièrement et certainement pas pour des cacahuètes. En outre, le contrat qui le lie au label major Eagle semble au beau fixe. Enfin, les albums se succèdent à une telle cadence, qu’il est difficile de s'y retrouver. D’autant plus qu’ils sont parsemés d’une multitude de reprises du mythique Robert Johnson.
Enregistré en 2001, cet opus se révèle cependant assez particulier. En fait, les musiciens sont entrés en studio, sans avoir répété et sans s’être souciés de la production, pour signer un hommage aux grands du blues. L'album n’est disponible qu'auprès du site internet du groupe. Un disque que j’apprécie tout particulièrement. La formule est électrique et très naturelle. On a l’impression que le groupe est juste devant vous.
L’elpee s’ouvre par "I believe my time ain't long", c'est-à-dire l'arrangement de Jeremy Spencer du "Dust my broom" de Robert Johnson. La version est sympa, mais sans faille. Le piano de Roger Cotton est bien planté dans le décor. Peter chante d'une voix assurée et avec beaucoup de profondeur "Take out some insurance". Peter ne se débrouille pas trop mal à l’harmonica. Le côté laidback et nonchalant de "When it all comes down" est très agréable. Les voix de Peter et Nigel y conversent. L’œuvre épingle inévitablement quelques classiques. Le "Honey bee" de Muddy Waters manifeste beaucoup de présence, de retenue et d'émotion à fleur de peau. Le bottleneck est minimaliste. De sa voix puissante et abrupte Watson chante un "Honey bee" bien plus électrique et agressif. Peter sort ses tripes pour attaquer le "Don't start me talking" de Sonny Boy Williamson. Watson revient chanter "Nobody knows you when you're down and out'. Les interventions au piano et à la basse sont parcimonieuses. Celle de Peter à la guitare, acoustique et judicieuse. Le sommet de l'album est atteint par "Help me through the day", une plage que j’apprécie beaucoup et qui ressemble curieusement au "Thrill is gone" de BB King. La tonalité reverb de la guitare est très reconnaissable. Le chant transpire le vécu. Que le monde est beau ! Peter se met alors à chanter - que dis-je ! - à susurrer "Honest I do" de Jimmy Reed. Très soul, la plage titulaire se démarque de l’ensemble. En finale, "Crawlin' king snake" constitue un hommage à John Lee Hooker, un fragment très roots qui montre beaucoup de respect pour le père de la boogie music. Les admirateurs de Peter Green ne peuvent passer à côté d’un tel opus...