Jusqu'aux dernières nouvelles, Al Green prêchait la parole divine dans son église à Memphis. Depuis ce jour fatidique en 1976 où, touché par le doigt de Dieu, le " soulman " troqua son costume de crooner magnifique pour la soutane, jurant fidélité au Seigneur au grand dam des amateurs de roucoulements funky et de feulements bien moites. Mais on ne change pas un homme, fût-ce même par la foi céleste, surtout s'il s'appelle Al Green et qu'il chante comme un lion en rut. Trente ans plus tard donc, Al Green is back : les femmes peuvent à nouveau s'évanouir, et les hommes passer son nouveau disque pour plus facilement les séduire. Tout est là, certifié d'époque : le producteur (Willie Mitchell), les musiciens, les choristes, et bien sûr l'organe chaud et puissant du révérend ; cette voix à la fois sauvage et câline qui coule comme du miel dans les oreilles. Evidemment, ces violons en cascade, ces cuivres glorieux et cette basse démoniaque n'ont d'autres vertus que donner l'envie de danser ou/et de faire l'amour… C'est pourtant souvent poussif, comme si Al Green - même lui ! - prenait du Viagra (NDR : que Dieu le pardonne !) Al Green a beau sourire comme un beau diable sur la pochette, on reste plutôt de marbre face à ces ululements de vieux crooner sur le retour. En 2004, sa soul sent un peu sous les bras, le genre de tue-l'amour qu'on préfère éviter pour s'emballer des gonzesses.