Ce jeune chanteur guitariste anglais jouit déjà d’une solide réputation en Europe. Et pour cause, il arpente les routes du vieux continent, depuis quelques années. Il y a bien longtemps qu’il gratte de la guitare. Tout gosse, lors d’un voyage à San Francisco, pour lequel il avait accompagné ses parents, il rejoint Coco Montoya sur la scène du Lou's Bar au Pier 49 du Fisherman's Wharf. A 18 ans, il fonde son premier groupe. Un trio, en compagnie duquel il enregistre deux albums. Deux disques, par ailleurs autoproduits. Il est ensuite remarqué par le label Ruf qui le signe. Il commet alors successivement "Aynsley Lister" en 1999, "Everything I need" en 2000, "Supakev'n pilchards" en 2002 (NDR : un elpee acoustique immortalisé ‘live’) et l’an dernier "All or nothing".
Ce nouvel opus ‘live’ a été enregistré en Allemagne. A Bonn, très exactement. En mars dernier, lors du festival Rockpalast Crossroads. Ce concert s’ouvre par "Aeroplane blues", une compo très agréable au cours de laquelle la guitare d'Aynsley égrène quelques accords rythmés, légèrement amplifiés. Un peu comme John Lee Hooker les accordait lors du début de ses concerts. La voix se pose sur ce boogie solitaire. Armé de sa guitare acoustique, il interprète "As the crow flies" de Tony Joe White. Seul sur les planches ! Il branche sa Gibson Les Paul noire à son ampli avant d’être rejoint par le bassiste James Townsend et la toute jeune drummeuse Sarah Jones (17 ans). Son blues se teinte largement de rock dès l’instant où le son se charge d’électricité. Il nous balance un "Say goodbye" très puissant. La section rythmique évolue au second plan. La guitare occupe bien le devant de scène. Elle remplit tous les espaces. Son chant devient frêle face aux cordes. Et ce concert se poursuit suivant ce schéma. La guitare règne sans partage ; et à chaque plage, Aynsley chante quelques couplets avant de laisser ses doigts disserter sur le manche sans relâche. Les soli n'ont guère de limite. Le tempo demeure assez uniforme, même lorsque défilent "Balls of street" et "Snake". Il revient en force pour un autre boogie très électrique : "Everything I need". La guitare est de plus en plus envahissante. Si notre Lister possède la fureur de jouer d'un Rory Gallagher, il ne possède ni le feeling naturel du blues ou du boogie, ni la légèreté et le plaisir de partager sa musique. Il reprend l'une de ses meilleures compositions : "Angel 'o' mine". Une plage assez lente qui ne manque pas de charme ; mais encore une fois, elle souffre d’une évidente lourdeur héritée en ligne droite du british blues rock. "Now you're gone " nous en met plein les tympans. Mais on n’en retire aucun plaisir. Et pour cause, ce nouveau prétexte à la démonstration frôle l'overdose. Imprimé sur un mid tempo, "Take me to the river" ose un blues rock aventureux. La guitare explore de nouvelles sonorités torturées. Quoique intéressant, ce voyage expérimental s’éloigne du blues. Shuffle bien ficelé, "Runnin' out on me" met en exergue le jeu puissant de Lister. Mais si la section rythmique assure, elle n'affiche pas le potentiel de leurs rivales texanes. Douce ballade, "Sometimes it gets 2 me" monte progressivement en puissance, suivant l’humeur contenue d'Aynsley. Dans les moments les plus calmes, il y ajoute une certaine tension, par de courtes explosions successives. En fin de concert, Lister se lâche dans un trip hendrixien en enchaînant "Soundman" et "Fallin' down". Deux clins d'œil indubitables adressés au maître ! Un opus que je conseillerai exclusivement aux jeunes fans de rockin' blues épais !