Trio belge, Les Générals Jack a signé chez Naked Productions, un nouveau label créé par l'ami Fabrice Hermans. Le groupe est né à Leuven. Du côté du port, où Bart Ieven vivait sur un bateau baptisé "The Jack". Il est constitué de Marc Bodart au chant et aux guitares, Bart Leven (probablement le frère de Ian, bassiste d'El Fish) à la guitare et au chant, ainsi que Toon Derison aux drums. Ces trois généraux sont même affublés d'un surnom. Alias Derison General Shoelace était le premier batteur d'El Fish. Guitariste chez Buttnaked, General Rock'n'roll Froggy (Bodart) a sévi au sein de Dr Brown et Chico & the Mojo en compagnie de l'ami Pierre Degeneffe. Quant au Général Impatients (Leven), il a transité par Temple Bellona et Harvey Lee. Au départ, la formation voulait franchement concocter du blues susceptible de véhiculer l'étiquette ‘A chacun son blues’. A l’arrivée, la musique produite appartient au roots rock ; mais dans un style largement coloré de blues et de funk.
Une sirène introduit "Burn baby burn", une plage funky rock song qui augure une musique aux ressources diverses, puisées notamment dans le meilleur des années 70. La voix assez haut perchée de Bart rappelle celle de Filip Casteels circa El Fish première époque. "Hairs in a tangle" s’ouvre dans un registre franchement country blues, épinglant un riff de guitare que n'aurait pas dédaigné John Lee Hooker. Les liens étroits entretenus par la section rythmique permettent de libérer les soli bien électriques dispensés par les deux guitares de Bart et de Marc. Sur "Seven four", ces mêmes guitares dissertent librement et construisent à nouveau de bien belles phrases électriques qui se fondent dans la mélodie. "Packed up my things" ébauche une ballade lente et majestueuse avant que le rythme ne passe au reggae, tout en impliquant une guitare acoustique subtile, légèrement hispanisante. Le retour de la six cordes électrique s’opère avec finesse, clarté, sans jamais perturber le sens mélodique. Toni Derison imprime un tempo galopant sur ses fûts pour soutenir "Long way home", une épopée très far-west balayée de guitares réverbérées et traversée par un piano sautillant qui assure sa part de rythme. "Mean old mambo" épouse une structure country blues syncopée et bien balancée. Epaulées par le travail de Toon, les guitares insatiables restent toujours aussi claires et précieuses. Les voix de Marc et Bart qui se conjuguent à l’unisson s'associent facilement aux choeurs. "Honest man" consomme un funk léger, tout en empruntant certains accents au Jimi Hendrix de l’époque Band of Gypsies. Les effets apportés permettent une cavalcade échevelée de cordes. Elles prennent même une allure de jam comme nous pouvions en goûter voici plus de trente ans. "Dry eyes" démarre comme une ballade aux accents graves. La richesse technique est ici indéniable. Les guitares qui s'entrecroisent constamment recèlent une inventivité permanente. Elles nous remettent en mémoire les meilleures formations des 70s qui réunissaient deux solistes. Un bottleneck, métallique, primaire, mène la danse au coeur du Delta sur "Tiger". Les Jacks n'abandonnent que rarement leurs racines blues. Le ballet des guitares se poursuit dans une ronde vertigineuse peuplée de sons étranges, mystérieux et aventureux. Le travail incroyable du percussionniste permet des changements de rythmes complexes. Ce climat persiste tout au long de "Hole in my soul". Le son des guitares est très dense et toujours aussi bluesy. Pas toujours facile à assimiler, la musique de Les Generals Jack multiplie les clins d'oeil au passé, aussi bien dans le domaine instrumental que vocal. Ce surprenant album s’achève dans le funk sur l'instrumental un tantinet nerveux "Rising sun". A découvrir absolument, même si cet opus mérite une écoute attentive avant d’être apprécié à sa juste valeur…