Alvin Lee est loin d’être un illustre inconnu. Il est même considéré comme un des tous premiers ‘guitar heroes’ du british blues boom. Ses premières apparitions au sein du légendaire Ten Years After remontent à 1967. Une formation qui rencontra alors un succès assez rapide. A cause du jeu de guitare très speed d’Alvin, qui se nourrissait au rock'n'roll, au blues et au jazz. En août 1969, il participe au festival de Woodstock. A l’issue de cette prestation immortalisée par le film du même nom, Alvin devient une véritable superstar. Il commet alors album sur album. Jusqu'en 1975, année au cours de laquelle il éprouve le besoin de se remette en question. Ce qui n’a pas empêché le T.Y.A. de se reformer épisodiquement. En compagnie des musiciens d'origine. Ce 16 décembre, Alvin a fêté ses 60 ans. Alors que ses ex-acolytes ont engagé un jeune guitariste qui répond au nom de Johnn Gooch pour faire revivre le Ten Years After, Alvin a préféré se rendre dans le Tennessee pour enregistrer en compagnie du guitariste légendaire d'Elvis Presley, Scotty Moore et du drummer DJ Fontana. Il réalise en quelque sorte un rêve d'enfant.
L’opus s’ouvre de manière idéale : par du pur rock'n'roll. Un "Let's boogie" chargé de swing qu’alimente le piano sautillant de Willie Rainsford et la basse acoustique de Pete Pritchard (NDR : un des cofondateurs du label Alligator). Alvin est bien présent, mais il demeure quelque peu en retrait. Comme son titre l’indique "Rock & roll girls" persévère dans le rock n’ roll, une plage très proche du style pratiqué par Chuck Berry. Franchement plus blues, "Take my time" ralentit le rythme. La voix adopte un timbre de circonstance. "Let's get it on" évolue dans le même univers sonore. Un excellent blues légèrement teinté de country qui bénéficie de la présence majestueuse de Scotty. "I'm gonna make it" nous replonge dans le rock'n'roll. Celui des Studios Sun de l’époque Elvis. Pendant que le vieux DJ Fontana martèle ses peaux devant la basse acoustique, le père Alvin est à son affaire. La section rythmique est d'une solidité à toute épreuve. Le piano sautille. Des rampes de lancement idéales pour permettre aux cordes de s’éclater. Plus de six minutes de bonheur ! Très laidback, "Something's gonna get you" s'étire sur un rythme légèrement funky que balaie l'orgue de Tim Hinkley (NDR : un Britannique !). Le style vif, rapide et saccadé d'Alvin Lee refait surface sur l'entraînant "Why did you it". Les ivoires de Willie adoptent un profil boogie woogie. Scotty reprend des couleurs et se réserve l’un ou l’autre bref solo. "Getting nowhere fast" (NDR : il a osé l'écrire !) renoue avec une certaine quiétude. Les instruments acoustiques évoluent au sein d’une ambiance fort country. "How do you do it" et "Tell me why" trempent dans le plus pur style rock Lee. Il s’y sent comme un poisson dans l'eau. Alvin prend son pied et ne résiste pas à en profiter. Pas étonnant qu’il achève cet opus en reprenant une fois de plus son hymne personnel : "I'm going home". Un elpee sans prétention, simple comme le bon vieux rock'n'roll!