Oui, il est trop tard : les éboueurs ont emporté le sapin, les guirlandes sont retournées au grenier, et le reste de dinde a été bouffé par les poules. Il aurait fallu chroniquer cet album avant le 25 décembre, puisqu’il s’agit comme Noël d’un produit marketé pour nous séduire et nous divertir, bref nous faire consommer (consumer ?). Mais que devient ce genre de disques une fois la bûche engloutie à minuit, et les cadeaux distribués à toute la famille ? Disparaissent-ils jusqu’à l’année prochaine ? Sont-ils conçus pour être seulement écoutés une fois l’an, le même jour et dans la même ambiance ? Ce qui explique pourquoi il fallait chroniquer cette compile avec le recul nécessaire : pour s’assurer qu’elle n’était pas seulement le fruit rance de ce qu’on appelle l’‘esprit de Noël’, cette chose vague qu’on essaie de convoquer tous les 24 décembre, en s’enfilant une douzaine de flûtes de champagne pour oublier qu’avant les 12 coups de l’horloge… va falloir se coltiner le vieil oncle et la messe de minuit. Verdict avec Dean Martin ? Il est possible d’écouter un disque de Noël après le réveillon, dès le moment où les chansons s’avèrent suffisamment bien torchées (rappel : le disque de Noël de Phil Spector, une splendeur). D’autant que « Dino », pour celui qui a lu sa bio signée Tosches, est loin d’être un enfant de chœur (sa vie : « Les Affranchis » version fifties, avec le Rat Pack à la place de Joe Pesci et de Niro). D’où ce sentiment qu’à l’écoute de « White Christmas » et « Jingle Bells », grands classiques, se joue dans nos oreilles autre chose que la sempiternelle bluette à danser sous le gui, entre l’apéro et l’assiette d’huîtres. Quelque chose de l’ordre de l’intemporel, qui prend aux tripes même en été, parce que Dino n’est pas le mari modèle, mais un type qui savait ce qu’il voulait. Il a beau chanter ces idioties, il reste ce mec mafieux à qui on ne la fait pas, et c’est pour ça qu’on l’aime… Qu’il parle dans ses chansons de marshmallows ou de Rudolph, « The red-nosed reindeer ». Dean Martin ? Un mec bien, même s’il fait un peu peur. Parce qu’on a tous en nous quelque chose de Dean Martin, pas vrai ?