Paatos est géniteur d'un premier album passionnant, 'Timeloss', paru l'année dernière. Le groupe a depuis attiré l'attention du très actif label InsideOut et de l'infatigable Steve Wilson, leader de Porcupine Tree et producteur d'une flopée de projets récents. Une collaboration entre de tels protagonistes tombait presque sous le sens. 'Kallocain' en est le fruit. Et la récolte est bonne, autant le dire tout de suite. Les amateurs de Prog intégristes en seront pour leurs frais. Cet opus embrasse des perspectives globalement plus pop sur lit de rythmique trip-hop. Mais l'esprit d'aventure intact, le mellotron généreux et les ambiances scandinaves typiques préservent le capital prog de ce groupe décidément prometteur. A l’instar de son prédécesseur, l'album s'ouvre par une plage atypique et intrigante, pour la circonstance articulée autour d'un violon tzigane, d'un chant déformé et d'une basse grondante et prolixe. Fort réussi! Suit 'Holding on', morceau sobre et élégant affilié à Massive Attack, mais alliant le sucré et le salé grâce au timbre suave de la chanteuse Petronella. Celle-ci inonde de lumière le refrain de 'Happiness', la troisième plage, par sa voix superbe, presque enfantine. Elle y évoque plus les petits chanteurs à la croix de bois qu'autre chose, mais le résultat est d'une innocence et d'une pureté irrésistibles. La quatrième plage renoue avec des ambiances plus glacées, parfois parées d'un manteau de mellotron. D'abord joliment anodin, 'Look at us' s'achève sans abus en digression rythmique et guitaristique. Répétitive et hypnotique,'Reality' ferme lentement sa porte. 'Stream' évolue au sein d’un univers plus proche de 'Timeloss'. Tout comme 'Won't be coming back', qui laisse voir un peu de feu sous la glace. Paatos prend ensuite congé sur la pointe des pieds, dans une ambiance feutrée et intimiste. Et très grande est la tentation d'effleurer le bouton ‘Play’ à nouveau. Un très bel album, donc, fait de velours et de givre, alliant finesse modernisme et psychédélisme. Une oeuvre admirablement produite qui revendique, au fil de ses neuf perles, son lien de parenté avec le post- rock mélancolique des Anathema, Antimatter et autres Radiohead. Un des incontournables de l'année!