Si du haut de sa montagne, le Canadien Stephen McBean voit le monde en rose, c’est sans doute parce qu’il a consommé des substances illicites : celles que les hippies gobaient à la fin des années soixante, en écoutant le Velvet Underground, Electric Prunes et les Byrds. Et sans doute qu’en même temps ils s’envoyaient en l’air, de manière plus terre à terre (ce sexe plein la bouche de McBean, de « Sweet ’69 », année érotique, au bien nommé « I (Fuck) Mountains »). Pour garder cet équilibre précaire entre folk psychédélique près des nuages (« Bad Boogie Ballin’ », « Leslie ») et rock garage pied au plancher (« Can You Do That Dance ? », « Sweet ’69 »), McBean et ses sbires tendent les bras afin d’éviter la pelle. Le plus étonnant, c’est qu’ils y parviennent, sans passer pour des clowns : en trente minutes, The Pink Mountaintops convoque ainsi les fantômes de Lou Reed et de Ian Curtis (« Atmosphere », cover hantée comme si le V.U. était né en 1980), et l’on reste bouche bée. La chute est donc évitée, et nos tympans lévitent : avec ce disque Stephen McBean vient d’accoucher… d’une montagne. Rose, comme les lapins qu’on croise étonnés dans nos rêves.