Rod Piazza est un des musiciens blancs les plus actifs sur le circuit du blues. Comme harmoniciste, bien sûr. Un statut qu’il partage avec Charlie Musselwhite, puisque Paul Butterfield ainsi qu'Alan Wilson et Bob Hite de Canned Heat ne sont plus aujourd’hui de ce monde. Ses premières apparitions remontent au cœur des années 60. Il milite alors chez le Dirty Blues Band et Bacon Fat, en compagnie de son idole et maître, Mr Georges Smith. Fin des années 70, il sévit au sein du Chicago Flying Saucer Band, juste avant de diriger les Mighty Flyers, dont le premier elpee, "Radioactive material", paraît en 1981. Depuis, il a commis plus de dix albums sous l'étiquette des Mighty Flyers ou sous son propre nom, disques parus tour à tour sur les labels Right Hemisphere, Murray Brothers, Black Top, Big Mo et Tone Cool.
Les Mighty Flyers constituent une école de musiciens de très haut niveau. Notamment à cause des guitaristes qui se sont succédés : Junion Watson, Alex Schultz et Rick Holmstrom ! Excusez du peu ! Pourtant, la pierre angulaire des Flyers repose sur le couple Rod Piazza et son épouse Honey Alexander ; une version moderne de Little Walter et Otis Spann! Ils se sont rencontrés en 1973. Par affinités musicales. Puis se sont mariés. En 1977. Alors qu'ils avaient déjà monté les Mighty Flyers. Pour enregistrer ce nouvel opus, le duo a reçu le concours du bassiste Bill Stuve, un ami fidèle dont la présence remonte aux débuts du groupe, du guitariste Henry Carvajal et du batteur Paul Fasulo. Si Piazza est un compositeur assez prolixe, cet elpee épingle toute une série de reprises, dont certains canons du blues.
L'album s'ouvre par le funky "Big Blues party". Une plage peu excitante à mon goût, même si elle présente successivement les différents acteurs! La suite aligne les covers annoncées. Les versions très classiques du "Good morning little schoolgirl" de Sonny Boy Williamson I et "Baby please don't go" de Muddy Waters permettent à Rod et Honey de se libérer. "Baby please don't go" emprunte les formes d'un shuffle bien vigoureux. "Just like a woman" renoue avec le style jump californien. Pour la circonstance, Carjaval prend enfin son envol. Une intervention de qualité, il faut le préciser ! Les musiciens prennent leur pied en jouant ensemble, et cela s'entend : piano, cordes et harmonica sont d’ailleurs à l'unisson. Le Bo Diddley beat contamine "Pretty Thing", une compo signée Willie Dixon, mais bien issue du répertoire de Diddley. Toute la machine est au service du rythme. Rod et Honey chantent ensemble l'entraînant "Tick tock". Carvajal est à la parade. Le nouveau gratteur n'a pas à rougir face à ses illustres prédécesseurs. Intoxiqué jusqu’à la mœlle par sa musique, Rod entame son "Moving in a west coast way" comme un exercice de style. Honey en profite pour éclater dans un son très barrelhouse. Probablement le sommet de cet album ! Honey chante un "Ain't nothing happening" relax et tout en swing ! Instrumental classique, "West coast midnight blues" brille par son interprétation. Les trois dernières plages de cet opus ne sont pas neuves. Version caractérisée par une aventure de près de 10' imaginée par Miss Alexander, "Buzzin" figurait déjà sur "Blues in the dark". En 1991. Et "That's what she hollered" et "Devil's foot" sur "Greasy kid stuff", un opus signé Kid Ramos, en 2001. A l'instrument chromatique, Henry et Rod brillent de mille feux sur "Ain't nothing shakin". Du pur Flyers ! Et personne ne peut arrêter Piazza, lorsqu’il est lancé de cette manière. Midnight Flyers vient encore de commettre un album de toute bonne facture. Et la formation envisage de nous livrer un DVD ‘live’. Lors d’une prestation qu’ils accorderont le 22 mars prochain au Sierra Nevada Brewing Co de Chico, en Californie. Pour un concert qui accueillera également à l’affiche, le Tommy Castro Band.