Vu la quantité honorable d’albums à écouter par un chroniqueur, le déficit de surprise est inévitable. La fusion des différents styles musicaux est telle que parfois on n’y retrouve plus ses jeunes. En glissant pour la première fois le « B-Side Life » de Watine dans la platine, un petit sourire se dessine. En cause : « Dermaphrodite », le précédent elpee de l’artiste. Un disque volatil, susceptible d’être écouté d’une oreille distraite. Malheureusement (ou heureusement finalement) « B-Side Life » n’est pas un disque à prendre à la légère. Il est même carrément piégé ; et c’est la tête la première que l’on s’engouffre dans le traquenard. Hanté par des mélodies inquiétantes, il passe rapidement de frissons de frayeur à ceux de plaisir. Derrière des compositions alambiquées aux cordes lancinantes, viennent se greffer des accords joyeux et des carillons de joie sur une voix incroyable. Elle constitue même la clef de voûte de l’album. Affichant de faux airs juvéniles, la pièce dans laquelle Watine nous invite, se referme derrière nous immédiatement et nous empêche d’en sortir avant la fin de l’histoire. Assis face à elle, elle déballe le récit de ses aventures sans qu’on puisse remuer les lèvres. C’est la bouche béante et 40 minutes plus tard, qu’on la regarde partir sur la pointe des pieds, l’air mutin, rassasiée de nos émotions. « B-Side Life » a accompli sa mission : nous retourner comme une chaussette. Le plus honteux, c’est qu’on a aimé la manœuvre.

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