Ron Sexsmith incarne un peu le genre de songwriter qui sort des disques cahin-caha, d’une qualité toujours irréprochable mais un peu monochrome : on l’aime bien, mais on l’écoute d’une oreille un peu distraite, parce que de toutes façons on n’est jamais déçu… Cette fois c’est différent ! Parce que « Retriever », septième album du Canadien joufflu, place la barre très haute dès le titre d’ouverture (« Hard Bargain », classe), et ce n’est que le début. Tout au long des 11 morceaux qui suivent on est épaté par la souplesse mélodique de Sexmith, qui n’a jamais si bien chanté et composé. Même en plein sursaut pop, le Canadien touche ici à l’essentiel : « From Now On », « Wishing Wells » et « Happiness » prouvent ainsi qu’en plus des ballades (superbes, comme d’hab’), Sexmith n’a pas son pareil pour trousser d’impeccables refrains à chanter sous la douche. Sur « Whatever It Takes », il se transforme même en soulman sulfureux : du grand art, sans emphase ni fioritures (en général l’un de ses talons d’Achille). Ron Sesxmith dédie son disque à Johnny Cash, June Carter et Elliott Smith, trois génies de l’écriture auquel il aimerait sans doute qu’on le compare… Qu’il se rassure : s’il continue comme ça, il l’aura, cette reconnaissance tant méritée !