Joe Louis est né en 1949. Le jour de la Noël. A San Francisco, dans une maison où le blues était bien présent. Agé de 14 ans, il jouait déjà de la guitare et ouvrait les concerts d’artistes aussi prestigieux que Muddy Waters, John Lee Hooker ou Lightnin' Hopkins. Fin des années 60, il partage l’appartement de Michael Bloomfield, au sein d’un quartier à la mode de Haight Ashbury. C'est à cette époque qu'il tombe sous le charme de la slide. En 1975, sa foi le pousse à rejoindre un ensemble de gospel : les Spiritual Corinthians. Il y militera une dizaine d'années. Il revient alors au blues en fondant les Bosstalkers. Son premier album, "Cold is the night", remonte à 1986. Dans la foulée, il aligne "The gift" en 88, "Blue soul" en 89 et deux volumes enregistrés en public : "Live at Slim's". En 91 et 92. La machine Walker est alors sur les rails. Reconnu à travers le monde, il ne se repose pas sur ses lauriers et continue à commettre d’excellents elpees : "Blues survivor" en 92, "Blues of the month club" en 95 et "Great guitars" en 97. En 2002, Joe Louis entamait la confection de quatre albums. Quatre opus qu’il allait enregistrer sur une période de treize mois. Un projet qui allait lui permettre de démontrer toutes les facettes de son talent. Que ce soit sous la forme électrique, acoustique ou encore à la slide, il s’en tire toujours avec le même bonheur. On aura ainsi droit successivement à "In the morning" sur Telarc, "Pasa Tiempo" sur Evidence, "Guitar brothers" (NDR : qui bénéficie de la collaboration d’Otis Grand) et "She's my money maker" (NDR : caractérisé par une slide dévastatrice) ; ces deux derniers elpees parus chez JSP.
Notre Joe Louis est aujourd’hui embarqué dans la distribution européenne de Provogue Records aux Pays-Bas, écurie reconnue pour ses productions rock/blues particulièrement électriques. Un défi qui n'est pour déplaire à notre artiste, car il n’a guère d’égal dans l’art de torturer ses cordes. Pour la circonstance, il a reçu le concours des musiciens qui l’épaulent habituellement : Robert Watson à la basse, Carl Carter à la batterie et Ellis Blacknell Jr aux claviers. Joe Louis signe ou co-signe toutes les plage. Il assure également la production.
Très rock, "Do you love me" évolue dans le créneau habituel de Provogue. Au cours de ce titre d’ouverture, la guitare hurle. Largement amplifiée, elle déborde d’intensité. Joe dispense également des riffs bien calibrés, en rerecording. Très en relief, la voix perce aisément l’écran de son. Les tonalités de la guitare s’équilibrent pour "Custom cars, Gibson guitars". La section rythmique est solide. L'orgue de Blacknell se distingue clairement. Puis la guitare décolle brusquement dans un solo impressionnant. Le chanteur injecte énormément d’âme dans la voix pour interpréter "Messed my mind up", une ballade tranquille, imprimée sur un tempo lent, au cours duquel les parties instrumentales affichent une grande sérénité. "New direction" hausse le rythme tout en maintenant une tonalité soul. Superbe, puissante, la voix rappelle un Otis Redding des meilleurs jours. "You don't love me" évolue dans un registre fort proche du blues. Une ballade mid tempo alimentée par une guitare gouailleuse qui égrène parcimonieusement de petits chapelets de notes lustrées et efficaces. Il libère largement ses cordes tout au long de "Tempting me". Parfaitement ciselés, dispensés à la manière de BB King (surtout) ou d'Albert Collins (parfois), les accords transpercent les mélodies ; sans pour autant perdre l’identité et surtout l’élégance qui caractérise le jeu de Walker. "Soldier for Jesus" embrasse un style gospel. Joe Louis se remémore ici son séjour chez les Spiritual Corinthians. Petite bombe instrumentale, "Mr G's boogie" permet à chaque partenaire de tirer son épingle du jeu. Ellis Blacknell et Joe Louis, plus que les autres. Joe chante divinement "Ain't that cold", un shuffle bien ficelé alimenté, pour la circonstance, par une slide au son particulièrement graisseux. Manifestement, Joe est un des meilleurs joueurs de slide contemporains. Et son précédent elpee, paru chez JSP, en est toujours la plus belle démonstration. D’excellente facture, l’elpee s’achève par "Lena", un instrumental délicieux dont les changements de rythme peuvent nous faire penser tantôt à l'Allman Brothers Band, tantôt à Carlos Santana, tant le niveau est élevé.