Big Blind c'est une mise au poker. Mais aussi le patronyme d’une jeune formation batave. Originaire du Nord des Pays Bas, elle est née en 2006. Et est contaminée par le blues. A l’origine, la formation s’inspirait d'une multitude d’artistes du style. Et en particulier du géant Howlin' Wolf, des frères texans Jimmie et Stevie Ray Vaughan, des rockers anglais Hoax, des Californiens Red Devils ainsi que de leurs compatriotes et compagnons de label, Cuban Heels. Le combo écume littéralement (NDR : littoralement ?) les festivals. Il s’est ainsi produits tant à Peer, Tegelen qu’à Linton, en Angleterre. Et on ne compte plus ses prestations ‘live’. "Circus left town" constitue donc son second elpee.
Le line up de Big Blind implique les frères Van Duijn, soit le guitariste JJ et le bassiste Dirk ; mais aussi le drummer Niels Duindam et puis surtout, le chanteur/harmoniciste Wesley Van Werkhoven (NDR : le frontman !) Le notoire Mischa den Haring, leader de T99, a assuré la mise en forme de l’opus. Les musiciens se partagent la signature de toutes les compos.
Dès l’ouverture, le quatuor étale l’étendue de son potentiel. Tout au long de ce "Like me", la section rythmique imprime un shuffle à la texane. La voix de Wesley est directe. Elle provoque. Ses envolées à l’harmonica se traduisent par autant de coups de griffe. Nous ne sommes, en effet, pas tellement loin de l’univers du regretté Lester Butler, un artiste qui était adulé chez nos amis du Nord. JJ se fraie un chemin en empruntant des sonorités feutrées. Big Blind attaque "Freak show". Une agression progressive. Légèrement déjantée, aussi. den Haring a choisi de ne pas polir le son ; mais au contraire d’en conserver la face la plus brute. L’accent est également placé sur la cohésion de l'ensemble. Chez BB, l’aspect immédiat est privilégié. Les musiciens vivent intensément chaque note, même quand ils se limitent à la construction rythmique. Le chant de Wesley est plutôt sauvage. Sa voix me rappelle celle du jeune Phil May. Aux débuts des Pretty Things. Il y a déjà 35 ans… Il interprète nerveusement et sèchement ce "Hold on". Le combo se réserve un moment de repos en abordant "3:45". Un blues lent au cours duquel Wesley vit son chant. Il susurre dans sa musique à bouche pendant que JJ libère des sonorités réverbérées de ses cordes. "13 angels" évacue énormément de puissance, dans un style proche du "Thirteen" de Lester Butler, un morceau au cours duquel JJ se réserve une belle sortie. Le titre maître est imprégné du style privilégié par den Haring. Notre vocaliste épanche sa colère dans le micro astatique. Cette plage est sans doute la plus ambitieuse de l’elpee. "Russian roulette" campe un autre shuffle. Pour la circonstance, la liberté totale de mouvement est accordée au soliste. Son envol est pourtant plus structuré, mais surtout inventif. "Devil's laughin'" est une ballade sombre que j’apprécie tout particulièrement. Une approche dépouillée, lugubre, très statique et particulièrement proche de T99. Mais en y injectant une belle dose de séduction, de tristesse et d'effroi! Vraiment un blues des plats pays. "My ol' suitcase" embrasse un rythme plus classique. Une sorte de clin d’œil adressé au Delta. On est même parfois proche de certaines productions de Howlin' Wolf. "Rollin' your way" flirte avec le rock'n'roll. La musique est signée den Haring. Il y joue également de la guitare rythmique ; cependant, il appartient au dynamisme de la voix et de l’harmo de pousser la solution sonore vers les sommets, alors que JJ revêt le costume de Jimmie Vaughan pour embrayer sur "So cold". En finale, "Just for you" en revient à une forme plus acoustique et sereine. Big Blind est une formation chargée de promesses. Après la confection d’un semblable elpee, elle mériterait même de déjà décrocher les lauriers. Encore un peu de patience et les espoirs devraient se concrétiser… Pas étonnant qu’elle porte tous les espoirs du label Cool Buzz !

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