Quand deux blancs becs débarquent au sein des mythiques studios Tuff Gong à Kingston, en ambitionnant d’y réaliser un album electro dancehall aux accents 80’s, le comité d’accueil qui les voit débarquer est goguenard. Comment deux zouaves peuvent espérer concocter quelque chose de cohérent, à leur sortie ? Le studio de la famille Marley est magique certes ; il n’en est quand même pas miraculeux. Oui mais ! Les deux ahuris à casquette défraîchie et au teint palot se prénomment Switch et Diplo ; ce qui vient changer considérablement la donne. Non contents de s’étouffer dans leur ambition, ils ont carrément l’idée de produire un univers plutôt qu’un simple son. Ils ont embarqué dans leur valise l’histoire de Major Lazer, ancien soldat jamaïcain qui s’est fait greffer un canon laser à la place de son bras droit. Membre qu’il a perdu lors de la guerre contre des vampires et qui le motive à poursuivre sa lutte sans relâche. Il y a fort à parier que l’Anglais et l’Américain ne se sont pas contentés de boire de l’eau ou de fumer la shisha en montant ce projet complètement barjot. Une citerne de vodka et une benne de sinsemilla ont probablement dû être livrés à domicile pour parvenir à écrire ce scénario digne d’une série Z. Le culot et l’arrogance propres aux deux producteurs permet pourtant à ce « Guns Don’t Kill People… Lazers Do » de décaper sans équivoque, les papiers peints où viennent se fracasser les beats. Au rythme incalculable de pulsations effrénées, les plages s’enchaînent dans le stupre et la sueur. Se permettant même l’audace, d’embarquer dans leur folie des noms comme YBYZ Kartel, Mr Thing, Mr Vegas ou Santigold, Switch et Diplo suscitent instinctivement la curiosité. Mais jeter une oreille distraite sur l’album est peine perdue. Dès les premiers accords, les strings se tendent, les chaînes en or étincellent et les torses se bombent. La contamination est immédiate, et le popotin se trémousse sans se forcer. Parfois un peu ‘too much’, voire même un tantinet écœurant, « Guns Don’t Kill People… Lazers Do » pourrait pêcher par excès tant le rythme est soutenu. A force de se dandiner, on finit par tomber à genoux, tout en suppliant de réduire le tempo. Complètement absorbé dans leur univers, les deux producteurs n’auront aucune pitié à l’instar de leur héros Le Major, et pousseront, plus loin encore leurs curseurs dans le rouge. S’ils n’ont pas de cœur, Switch et Diplo ont au moins, des cojones grosses comme des buildings.

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