Al est un artiste complet. Trompettiste (NDR : il joue surtout du cornet !), chanteur et compositeur, il jouit également d’une solide réputation comme écrivain et poète. Il a milité au sein du Roomful of Blues, le célèbre big band de Rhode Island. Il a ensuite embrassé une carrière de professeur. A la fin des années 80, le célèbre guitariste Duke Robillard lui demande de l’épauler. Et notre artiste de reprendre goût à la carrière musicale. Il concocte ainsi "Down at Providence Plantation", son premier elpee solo, en compagnie du Duke Robillard Band au grand complet. Depuis, il édite régulièrement de nouvelles œuvres, dans un style, à chaque fois, sensiblement différent.
Vous l’aurez deviné, ce "Soulblue 7" constitue le septième chapitre de cette aventure personnelle. Pour la circonstance, il est consacré au blues et à la soul. Lors des sessions d’enregistrement de cet elpee, il a bénéficié du concours de collaborateurs notoires. Et pour cause, le Roomful of Blues a été pratiquement reconstitué. Soit le guitariste Robillard, le bassiste Marty Balou, le drummer Mark Teixeira, le claviériste Bruce Katz et trois cuivres tout aussi balèzes ; en l’occurrence Rich Lataille au sax alto, Doug James au sax ténor et baryton ainsi que Carl Querfuth au trombone. Al signe bien entendu les treize plages ; son ami Duke, se chargeant de la mise en forme.
"Housekey blues" est une ouverture royale. Les percussions de Marty s'installent et progressivement Duke égrène ses chapelets de notes sur le rythme d'un mambo. La voix d'Al est claire et puissante. Le décor sonore s’enrichit des cuivres et de l'orgue Hammond. Basile se réserve son premier billet de sortie. La sonorité émanant de son cornet est feutrée. Il cède aussitôt le relais à Bruce, avant que Duke n’embraie à son tour. "Dollar to a dime" trempe dans un climat subtilement swing. Le ton est emprunté au jazz. Les cuivres sont discrets. Katz est passé au piano. Le cornet s’affranchit à nouveau. Al est bien un maître de cet instrument ; même si dans le passé il l’a trop peu souvent mis en exergue. "You showed me something" épouse un même profil rythmique. Très jazz cette compo conjugue à merveille le piano et le sax ténor de Doug James. Mais Basile y manifeste également son talent naturel d’instrumentiste. Et honnêtement, je pense qu’il s’agit de la première fois qu’il montre autant le nez à la fenêtre. Slow blues royal, "Lonely are the brave" concède des accents dramatiques, presque tragiques. La six cordes de Robillard est émouvante. Le cornet magique d'Al bouleversant. C’est beau à pleurer ! Cette condamnation à la solitude trahit une telle intensité et une telle profondeur dans l'expression des sentiments éprouvés par les différents acteurs. "I hope you're right" emprunte une forme davantage R&B. Dansante même. Le climat presque pop semble couler de source et accorde des billets de sortie épatants à Duke et Bruce. Et on n’est pas au bout de nos surprises, puisque le reggae s’invite pour "Causing joy". Profilée sur une rythmique répétitive, "This dream (still coming true)" est une longue fresque illuminée par l’intervention au cornet et tapissée par l'orgue à la Jimmy Smith de Kats. Ballade lente, savoureuse, impeccable, "Where are you tonight?" pioche dans le meilleur de Stax. Une chanson d’amour qui transpire le vécu. Invité pour la circonstance, Gordon ‘Sax’ Beadle vient souffler toute sa passion dans son sax ténor. L’étiquette ‘Stax’ pourrait également être collée à "Give it like you get it". Du Memphis R&B très dansant, libérant énormément de groove et destiné à servir de rampe de lancement au cornet devenu intenable. Et le Duke en profite pour se réveiller. Indolente, chaleureuse, "Fool me again" est encore une autre ballade au cours de laquelle tous les instruments s'emboîtent parfaitement. Alors que l'opus s’achève, une étincelle basique de blues jaillit. Et enflamme "Termites in my basement", un morceau très downhome et dépouillé. La section rythmique est discrète mais efficace. Les cordes acoustiques et les accords de piano judicieux. Et c’est l’ami Sugar Ray Norcia en personne qui vient souffler dans l’harmo. Si « Soulblue 7 » n’était pas signé Al Basile, on pourrait le considérer comme le meilleur album de Roomful of Blues, édité depuis bien longtemps ; mais inutile de polémiquer, les mélomanes en tireront eux-mêmes les conclusions… Excellent!

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