Malheureusement peu connu hors de ses frontières, le poète irlandais Adrian Crowley nous invite à étoffer mystérieusement nos songes à travers les ballades oniriques de son cinquième album.
Véritable ode pastorale, « Season Of The Sparks » constitue une œuvre mystique qui chante les splendeurs et les ombres troubles de la nature. Dix morceaux où le penseur panthéiste nous conte un monde peuplé d’oiseaux, d’abeilles, de chevaux étranges et de personnages énigmatiques. Délicieuse promenade au cœur de la nature qui étaie notre âme sur les berges vierges du grand fleuve brumeux de la mélancolie. Lieu suffoqué de la voix langoureuse du chanteur-compositeur-interprète britannique dont les inflexions évoquent parfois celles de Bill Callahan, Robert Wyatt ou Leonard Cohen.
Faisant suite à « Long Distance Swimmer » sorti il y à peine un an, quatrième excellent album largement salué par la critique (NDR : Adrian Crowley est considéré par la presse nationale comme l’un des dix plus grands artistes irlandais), « Season Of The Sparks » se distingue des opus précédents par sa qualité mélodique. La plume prolixe du songwriter extatique saigne toujours de sa plus belle encre mais n’est désormais plus réservée à un auditeur exclusivement anglophone. Elle s’ouvre dès lors à des atmosphères éthérées et brumeuses qui raviront toutes les oreilles.
Les arrangements fins et délicats de « The Beekeeper’s Wife » se mêlent au récit. Cette fable psychédélique et onirique contant l’histoire d’un homme assis sur un arbre dans l’interminable attente de la femme parfaite, celle qui écraserait les abeilles, se sublime subitement de cordes légères et gracieuses. La synergie entre les lyrics bucoliques et le rythme naturel qui pleurent des chansons s’opère magistralement. L’ensemble architecture un folk rare et précieux. Un folk qui dérobe les guitares acoustiques et s’abandonne souvent aux claviers (piano, orgue, mellotrons, marxophone, harmoniums…), imprime une imagerie féerique aux mélodies et plonge l’auditeur dans un état de transe anaphylactique. Voyage au cœur de la nature qui serait guidé par la voix caressante de l’artisan poète irlandais. Voix accompagnée d’un instrumental riche sans surplus de parole ou de rythme.
Gardons en mémoire que, souvent, les artistes qui crient le moins fort demeurent les plus passionnants. « Season Of The Sparks » distille un art intimiste et inspiré aux arrangements discrètement complexes qui devrait plaire aux âmes sensibles. Certainement l’album le plus réussi d’Adrian Crowley.

Nederlands
Français 
