Nous l’avions évoqué lors de la sortie de son dernier album, Nick Curran pourrait bien reprendre la place laissée vacante par feu Sean Costello, disparu l'année dernière. Ce jeune chanteur/guitariste texan possède en tout cas, tout le talent, pour y parvenir. Nick a signé chez un solide label, Eclecto Groove, mais une écurie orientée davantage vers le rock. Faut dire que ses influences originelles, il les puise dans le blues mais aussi le rockabilly. Originaire de Portland dans le Maine, il a été très tôt repéré par la chanteuse de rockabilly texane, Kim Lenz. Elle lui demande d’intégrer ses Jaguars. Il accepte et vient vivre au Texas ; ce qui lui permet de fréquenter les scènes musicales de Dallas et d’Austin. Son premier elpee, il se grave en 2000. Soutenu par son groupe The Nitelifes. Il s’intitule "Fixin' your head". Et l’année suivante paraît "Nitelige boogie". Les deux disques sont publiés sur le label Texas Jamboree. Mais en 2002, il rejoint le label de San Francisco, Blind Pig. Il y publie "Doctor Velver". En 2002. Et deux ans plus tard, "The Player!". Sollicité par Kim Wilson, il rejoint les Fabulous Thunderbids de Kim Wilson, en 2005. Il y militera jusqu’en 2007 et participe à l’enregistrement de l’elpee "Painted on".
Pour concocter "Reform school girl", Nick a remonté un backing band : les Lowlifes. Comme à ses débuts, il aime enregistrer sur du vieux matériel, du vintage fifties, histoire de communiquer le son direct des vieux vinyles 45 et 33 tours. Nick a suivi ses premières leçons auprès du regretté Ronnie Dawson, un chanteur de rockabilly texan qui nonobstant un succès d’estime a connu une assez longue carrière.
Phil Alvin, le chanteur/guitariste des Blasters est responsable des notes consignées à l’intérieur de la pochette. Il nous présente un Curran, adepte d’un rock'n'roll biberonné au funk, punk, blues et psychobilly. Et après avoir écouté cet opus, la description me semble exacte.
Lors de la confection de cet elpee, Curran a reçu le concours du bassiste Billy Horton, également responsable de la coproduction en compagnie de Nick. Mais également du drummer Nikki K, du pianiste Derek Bossanova et des saxophonistes Jon Doyle et Dan Torosian. Etabli à Austin, Billy Horton est aussi contaminé par le virus du rockabilly. Il milite au sein des Horton Brothers, en compagnie de son frangin (NDR : fallait s’en douter), Bobby. Enfin, pour que votre info soit complète, cachez que Curran signe 11 des 14 plages.
Le "Tough lover" d'Etta James ouvre l’elpee. Du rock'n'roll brut, primaire et furieux. Nick chante comme un possédé. Dans un style ‘shouter’ proche de Little Richard. Le sax ténor s’autorise une belle envolée bien graisseuse. "Reel rock party" est une compo propice à danser le rock'n'roll au sein d’un cercle d’amis. L’ambiance est excellente. Nick se libère à la guitare. Jason Ricci concède une intervention brillante à l'harmonica. Toute une équipe qui prend littéralement son pied au sein des studios Fort Horton. "Reform school girl" est sculpté dans la pop. Une véritable perle mélodieuse qui aurait pu garnir un juke box poussiéreux de la fin des fifties. L’intro évoque curieusement l’univers sonore de Phil Spector. On se demande même si les interventions vocales ne sont pas assurées par Ronnie Spector. D’autant plus que l’ensemble est enrichi de chœurs. Pour la circonstance, assurés par les Honey Bee Babes. Les accords de guitare sont simples, directs et efficaces. "Kill my baby" est un rocker largement teinté de blues. La voix de Nick est dévastatrice au sein d’un univers sonore particulièrement cohérent. "Psycho" nous replonge au cours des années folles. C’est-à-dire vécues entre les années 50 et 60. Un morceau détraqué mais racoleur, au cours duquel les cordes libèrent, avec une facilité déconcertante, des sonorités pas possible. Remarquable, "Sheena'sback" nous invite à nouveau dans l’univers de Little Richard. Des chœurs ‘vintage’ répondent au chant nettement blues. "Baby you crazy" trempe dans un rock'n'roll pur et dur. De la dynamite prête à exploser. Nick se force les cordes vocales jusqu'au seuil de la douleur, alors que Derek dispense des accords sautillants sur ses 88 touches d'ivoire. "Ain't no good" campe un rockabilly d’une grande limpidité. Billy Horton répond instantanément aux phrases sauvages exécutées par le leader. "The lowlife" s’engage sur un riff emprunté à Chuck Berry. Un peu comme si Little Richard chantait "Maybelline". On imagine alors facilement Curran exécutant la danse du canard, sur les planches. "Dream girl" est la plage la plus longue de l’elpee ; mais aussi la plus lente. Elle baigne au sein d’une atmosphère lugubre, un climat entretenu par les accords de guitare reverb et par la voix digne d’un film d’épouvante. "Flyin' blind" nous replonge dans une atmosphère plus allègre. Un rockabilly dont les vocaux sont partagés entre Phil et Nick. Et au cours duquel les guitares de Phil, Nick et Chris Ruest se conjuguent remarquablement. Une des meilleures plages de l’elpee, c’est une certitude. Une bonne humeur répercutée tout au long de l’enlevé "Filthy", une compo réminiscente du début des sixties, à une époque où la musique était prétexte à danser. Sans prendre le moindre temps de repos. D’excellente facture, cet opus s’achève par une par version infernale, mais à des années-lumière du heavy métal du "Rocker" d'AC DC.
Nick n’a pas encore 33 ans. Et affiche déjà une fameuse carrière derrière lui. La presse spécialisée estime qu’il pourrait succéder au défunt Sean Costello. Malédiction, il est également dans une mauvaise passe. Atteint d’un cancer de la langue, il suit pour l’instant un traitement particulièrement lourd. Chez lui, à Austin. Et il espère guérir de cette épreuve, pour revenir au sommet de sa forme. C’est tout le mal qu’on lui souhaite…

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