Luther était un des plus bluesmen contemporains les plus notoires. Né dans l'Arkansas en août 1939, il a rejoint Chicago, dès l’âge de douze ans. Il nous a quittés en août 1997. Il était alors au sommet de sa gloire ; et ce succès il le méritait assurément.
Son premier enregistrement date de 1965. Il s’agit d’un single. Et son premier album "Love me Mama" (publié chez pour Delmark) de 1968. En 1977, il avait décidé de vivre en France, à Saint Cloud très exactement. Depuis sa disparition, plusieurs albums posthumes ont été édités ; mais il faut reconnaître que ce petit dernier est vraiment intéressant
Il avait accordé un de ses tous derniers concerts, le 4 juillet 1997, soit un mois avant sa mort, au Festival International de jazz de Montréal. Mais sa dernière apparition sur scène remonte au 10 juillet. Elle s’est produite à Madison, dans le Wisconsin, alors qu'il était au plus mal.
Mais revenons à son set accompli à Montréal. Luther est soutenu par son backing band américain, le James Solberg Band. A la tête, James Solberg (NDR : saviez-vous que James figurait déjà au sein du backing band d’Allison en 1979 ; un épisode immortalisé par le "Live in Paris", gravé cette même année). Au sein du line up, militent le bassiste Ken Faltinson, le claviériste Mike Vlahakis et le drummer Rob Stupka ; c’est-à-dire la même équipe qui avait participé à l’enregistrement du superbe elpee "Live in Chicago", paru en 1995. De ce concert, Ruf a sélectionné dix titres audio et six ‘vidéo’. Il faut dire que l'émission réalisée par la TV montréalaise ne pouvait aller au-delà de l’heure.
Après une brève présentation de l’artiste, les hostilités peuvent démarrer. "Cancel my check" nous replonge dans ce bon vieux temps des concerts du père Luther. Il a une présence pas possible. L’attaque sur sa Gibson Les Paul est brutale. Jamais il ne la ménage. Et puis sa voix emporte tout sur son passage. Luther chante "Living in the house of the blues". Un régal ! Il vit, il sent ce blues. Difficile d'imaginer qu'un mois plus tard il ne serait plus des nôtres! Allison était capable de mettre le feu en deux temps trois mouvements à ses sets. Et à les rendre même torrides. Tout au long de "What have I done wrong", il libère de courtes phrases assassines, une compo subtilement funky et une invitation à se déhancher sur la piste de danse. Il autorise James Solberg, également excellent gratteur, à sortir de sa réserve. La marque d’un bon leader! "Will it ever change" est imprimé sur un tempo allègre. L'attaque sur les cordes est dévastatrice. Mais que ses interventions nous remplissent de joie ! Et aussi de fièvre ! Si à cet instant du set, l’artiste n’a plus un poil de sec, il en est probablement de même pour son public. De ce show accordé à Montréal, on épinglera encore quelques morceaux particulièrement bouillants. Dont le superbe "(Watching you) Cherry Red wine". Une compo introduite par la guitare très amplifiée. Souveraine, la voix transpire le blues. Probablement le style au sein duquel l’artiste était au sommet de son art. Il empoigne une Flying V (NDR : comme Albert King) ; et à cet instant, il est trempé jusqu’aux os. Même ses doigts dégoulinent de sueur. Et puis les échanges qu’il opère avec Solberg sont de haute facture! Slow blues, "It hurts me too" est signé Tampa Red. L’adaptation proposée par Luther met en exergue sa dextérité naturelle à la slide. Un exercice de style au sein duquel il brille. Et cet adepte du doigt d'acier glisse sensuellement le sien le long de ses cordes. Il achève sa prestation par "Serious". Une des ses meilleurs compos, caractérisée par des accès plus calmes au piano, dispensés par Vlahakis. Lors du rappel, il aborde "Move on the hood", un titre qui ne figure pas sur le Cd.
Le Dvd rend hommage à Luther, notamment à travers une des ses interviews. Luther avait un profond respect vis-à-vis du public. Ses concerts pouvaient prendre des allures de marathon, et dépasser les quatre heures. Thomas Ruf rêve toujours de retrouver un nouvel Allison. Mais il risque d’attendre encore bien longtemps…

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