La crise gangrène le climat social et nourrit l’amertume, c’est un fait établi.
En bord de Meuse, ce n’est pas une grande découverte anthropologique.
Mais quand l’hostilité, l’imbécilité, la méchanceté gratuite et la hargne vindicative alimentent un feu digne de haut-fourneau et que plane un nuage noir et toxique, il est alors temps de se poser les vraies questions.
Cette huitième édition des Ardentes a été chahutée, bien avant l’entame des festivités, par une vague de mécontentement qui grossissait chaque jour et venait saper l’enthousiasme général.
Face à cet océan de critiques, gardant vaillamment le cap, malgré la houle, quelques milliers d’embarcations se sont néanmoins aventurées le long de ces quatre jours, avec à leur bord quelques mutins à la langue bien acérée.
L’objet de toutes les velléités ? La programmation 2013.
Si d’autres polémiques allaient bientôt se greffer à la grogne qui sourdait, force est de constater que les noms composant l’affiche étaient loin de faire l’unanimité.
Oubliant que le plus important festival liégeois devait cette année plus que jamais composer avec l’hégémonie de certaines puissantes organisations dont le pouvoir semble de plus en plus totalitaire et fermant les yeux sur l’aspect fédérateur de l’événement, les esprits chagrins partaient donc à l’assaut et faisaient feu de tout bois.
Mais c’était sans compter sur la mentalité du peuple, la volonté de fer (et de bien faire) des organisateurs, le talent de certaines têtes d’affiche ne suscitant que moqueries de la part des plus obtus, et un climat estival parfait, qui allaient, contre vents et marées, faire de cette édition une réussite, certes pas totale, mais néanmoins bien au-delà des espérances.
À l’heure où les rumeurs vont déjà bon train quant au déroulement du festival, l’année prochaine, bilan de ces Ardentes 2013.
Jeudi 11 juillet
Le don d’ubiquité semble être un luxe, cette année, aux Ardentes. En effet, rares sont les concerts qui se chevauchent. Nous sommes donc munis de super pouvoirs un peu inutiles en ce jeudi qui ouvre les yeux sur une après-midi encore fardée d’un ciel de traîne.
En l’espace de quelques heures, nous voyons donc se succéder seize prestations, suscitant tantôt découverte plaisante ou étonnement médusé.
Seize, c’est le nombre maigrichon de noms à l’affiche de cette première journée.
C’est peu. Surtout qu’aucun n’a de réelle envergure. Mais certains tireront mieux leur épingle du jeu.
Tels des pongistes faisant le grand écart, nous suivons donc parfois d’un œil, parfois des deux oreilles les prestations qui se succèdent entre la grande scène de l’Open Air et le hall rebaptisé HF6 en l’honneur du bassin sidérurgique local.
Si la bonne surprise est venue de Robbing Millions, groupe bruxellois encore peu connu, dont la Pop scintillante laisse deviner d’authentiques espoirs, de véritables bonnes chansons aux chouettes mélodies s’accrochant en boucle à nos oreilles, les deux réelles révélations de ce premier jour seront, sans contestation possible, Skip & Die et Aufgang.
La musique hybride des premiers est visuellement mise en valeur par la tenue extravagante mais terriblement sexy (du moins d’un point de vue batracien) de sa chanteuse Catharina Pirata. Cette jeune Sud-africaine associée pour l'occasion à l'artiste visuel Jori Collignon exécute un show haut en couleurs (fluorescentes) qui mêle différentes influences Roots et Electro. Élastique, la belle Catarina Aimée Dahms (de son vrai nom) n'hésite pas à donner de sa personne pour stimuler une foule qui peu à peu se prend dans les mailles de ses filets.
Son flow sinueusement Hip Hop se conjuguant aux sonorités binaires de son acolyte, assurant l'adhésion d'un public jeune et en demande de sensations dansantes en cette fin d'après-midi.
« Love Jihad » en tête de proue raggae attisant les esprits festifs, l'excellente prestation de Skip & Die résonnera encore longtemps dans bien des oreilles alors que celle d’Aufgang va mettre tout le monde d’accord en début de nuit sur leur potentiel à transformer la musique de dancefloor avec pour seules armes deux pianos et une batterie.
Unique en son genre et tout simplement énorme sensation de cette première journée, le trio a définitivement infligé une grosse claque à tout ceux présents soit à peu près deux-cent cinquante amateurs de bonne musique, vu que le reste préférait sans doute contempler un guignol sur un bateau gonflable entartant son public plutôt que de regarder de réels musiciens livrer une prestation d'anthologie.
Rayon bonnes surprises que retenir ?
Que les BB Brunes semblent avoir pris de l’envergure. Toujours aussi affables, ils s'offrent à leur public majoritairement pré-pubère et apportent les frissons attendus.
Mais il faut surtout parler de la très convaincante prestation des Vismets.
Carrée et efficace, leur Pop Rock génère toujours l'engouement d’un public demandeur de ce genre de riffs, mais le côté plus psychédélique du band affiché en ouverture de son show constitue une bonne surprise.
Ce public a également constaté la vista du quatuor quand un problème technique a failli mettre un terme prématurément à « Dilemna » avant d’être brillamment relancé pour le plus grand plaisir d'une foule bondissante.
Épinglons également l’énergisante dose d’Electro assenée par des Superlux au mieux de leur forme dans la foulée de leur album « The Line » et soulignant un retour incisif de guitares plus tranchantes au sein de leur Electro loin d'être formatée.
À l'aise dans leur fief liégeois, face à un auditoire venu en nombre les acclamer, ils se sont montrés bien plus à l'aise que l'an passé aux Francofolies, preuve d'une sérénité retrouvée.
Sans oublier le professionnalisme d’un Nas décidément à l’aise en solo.
Parcourant généreusement son répertoire en assénant ses hits devant un parterre, il est vrai conquis d'avance, le rappeur américain a prouvé qu'il est possible d'allier Hip Hop haut de gamme avec popularité non putassière tout en déjouant le piège des clichés bad boys.
On ne terminera quand même pas cet article sans parler de l'insupportable structure baptisée Joe Piller Saloon, sorte de parade publicitaire digne d'un carnaval de far-West. Non seulement elle célébrait chaque interlude scénique par le déhanchement de ses hôtesses (et hôtes) décérébrés, mais elle poussait l'ignominie jusqu'à concurrencer le volume sonore de la Main Stage, devenue alors paradoxalement secondaire.
Enfin, on tentera d'effacer le traumatisme sismique laissé par Steve Aoki, l'Attila de la Techno bourrine, qui devait tenir en éveil les autochtones des larges environs, les poussant à signer une pétition dès les premières lueurs de l'aube.
En définitive, une très bonne première journée.
(Organisation Ardentes)
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