L’édition 2009 du festival Riffs’n’Bips s’étalait cette année sur deux jours. Tout d’abord le vendredi 16 octobre, une soirée consacrée à l’électro, à laquelle nous avons fait l’impasse et puis le lendemain 17 octobre. Moins de monde que l’an dernier pour cette sixième édition, mais une organisation impeccable, malgré le petit retard sur l’horaire évalué à une demi-heure, vers minuit. Un seul bémol, la fumée. En festival extérieur, ce phénomène n’est pas gênant, mais en ‘indoor’, après 8 heures dans ce brouillard nicotiné, on en a la nausée. A un certain moment, en regardant le plafond du Lotto Arena, on aurait cru voir les nuages de fumée qui s’accumulent dans le ciel, quand ils sont crachés par les hauts-fourneaux de Cockerill Sambre.
Il revenait à la formation Thot d’ouvrir le festival devant une audience plutôt maigrichonne. A cet instant, il devait y avoir une trentaine de personnes devant le podium. Ce trio bien de chez nous pratique une musique postindustrielle mêlant éléments rock et électro. La formation puise manifestement ses influences chez Nine Inch Nails et libère une belle dose d’énergie sur les planches. Malheureusement, la forme est assez brouillonne ; et on a beaucoup de mal à déterminer si les distorsions sont voulues ou pas. Ajoutez-y un chanteur qui hurle plus qu’il ne chante tout en triturant sa guitare, et vous vous comprendrez pourquoi j’ai éprouvé des difficultés à accrocher. Pourtant les sonorités, parfois vintage, dispensées par le clavier sont relativement satinées et le drummer assume bien son rôle fédérateur, même si parfois on a l’impression qu’il abuse un peu des grooves électro. Il y a certainement du potentiel chez les musiciens de Thot, d’autant plus qu’ils sont habitués à remixer ou d’être remixés ; mais en live, ils auraient intérêt à rendre leur son un peu plus fluide. A l’instar de leur morceau de clôture, qu’ils maîtrisent parfaitement. Une parenthèse néanmoins fort importante, le band peut compter sur de superbes projections montées par Arielle Moens. Fallait le souligner…
Isola est une formation hutoise dont le premier single, « Gravity », a été régulièrement diffusé sur la bande FM. Un compo enregistrée à Bruxelles, mixée à Londres par Chris Seldon (Therapy, Foo Fighters) et masterisée aux légendaires studios Abbey Road. Une chanson qui vous donne une bonne idée du style pop pratiqué par ce quatuor, dont les influences doivent osciller des Beatles à Tahiti 80, en passant par Supertramp, Supergrass, Ben Folds Five et Prefab Sprout. Le chanteur possède une très belle voix et jongle entre guitare acoustique et piano. Les arrangements sont hyper léchés et les mélodies contagieuses. Manifestement on est en présence de perfectionnistes. Le drummer commence même le concert un casque sur les oreilles. Le résultat est plutôt sympa, mais il y manque la présence scénique. Une sensation accentuée par la distance entre les différents musiciens sur les planches. Sans quoi, manifestement Isola possède un énorme potentiel radiophonique…
Depuis novembre 2004, époque à laquelle il avait remporté le Concours Circuit, Malibu Stacy n’a pratiquement jamais cessé de tourner. A croire qu’ils ont une énergie inépuisable, car leur set de ce soir était aussi fougueux et enfiévré que les précédents auxquels j’avais pu assister. David continue de bondir d’un côté à l’autre du podium, sans oublier d’y ajouter ses poses rock’n roll. Les mélodies sont contagieuses. Le claviériste se charge également de percus complémentaires alors que le drummer participe davantage aux backing vocaux. C’est un petit changement. Il y a déjà nettement plus de monde devant l’estrade et les fans semblent apprécier le set du quintet visétois. Difficile cependant d’en dire davantage ; car si la qualité est bien présente, l’effet de surprise ne joue plus. Aussi, le groupe devrait peut-être commencer à imaginer une nouvelle mise en scène, sous peine de tomber dans la routine… Enfin, ce n’est qu’un avis personnel.
Particulièrement populaire en Flandre et aux Pays-Bas, Triggerfinger commence enfin à se faire une place au soleil en Wallonie. Après le festival de Dour et celui d’Ath, le trio se produisait donc au Lotto Expo de Mons. Mais le plus étonnant, c’est l’étonnement des spectateurs, qui pour la plupart méconnaissaient le trio. Musiczine tape sur le clou depuis belle lurette ; et enfin, le public se rend compte qu’il est en présence d’un fantastique groupe en ‘live’. Mieux vaut tard que jamais ! Bref, particulièrement en forme et tiré à quatre épingles, le trio nous a livré un set époustouflant. Mario aux drums démontre qu’il est probablement un des meilleurs batteurs d’Europe. Il se lève régulièrement de son siège, tel un empereur romain, pour haranguer la foule. Monsieur Paul libère un groove pas possible de sa quatre cordes, en affichant un sourire narquois. Et puis Ruben maîtrise de mieux en mieux sa voix, de plus en plus sensuelle, graveleuse, brûlante, de plus en plus blues (NDR : son timbre campe aujourd’hui un hybride entre Jack Bruce et Steve Winwood), tout en assénant ses riffs de guitare particulièrement effilés avec une précision diabolique. En outre, il possède un charisme à soulever l’enthousiasme des foules. Sollicite l’audience pour qu’il réponde à ses onomatopées. Qui réagit au quart de tour. Monte sur le socle du drummer pour secouer sa six cordes ou l’exhiber aux yeux de la foule. La frotte contre l’ampli. En change pratiquement à chaque morceau, empoignant même une superbe ‘Flying V’ lors de la compo la plus métallique. Pourtant, le début du set privilégie les compos les plus mélodiques, recréant quelque part un univers sonore terriblement proche de The Cream, avant de glisser vers une musique de plus en plus percutante, à la limite du métal, tout en évitant ses clichés. Aussi lorsque le trio tire sa révérence, dans un océan de larsens, le public est littéralement sur le cul. Et tout à fait conquis.
A l’issue du set, nous sommes allés féliciter le combo dans sa loge. Le groupe se souvient très bien de notre rencontre, lors d’une interview mémorable (voir rubrique ad hoc). Il nous confirme l’enregistrement d’un troisième elpee. Au moment d’écrire ces lignes, le trio est occupé de travailler sur de nouvelles démos. Au studio La Chapelle de Waismes. En mai prochain, il se rendra en Californie, pour réaliser les sessions d’enregistrement définitives. M’inquiétant de l’absence de Monsieur Paul, pendant une longue période, sur les planches, celui-ci m’a honnêtement avoué qu’il avait dû subir une cure de désintoxication. Je me souviens que lors de notre interview, il regrettait les abus de sa jeunesse. Une situation que certains de ses amis n’ont pu maîtriser. Ils ne sont d’ailleurs plus de ce monde. C’était pour lui la meilleure façon de se refaire une santé. Belle preuve d’humilité et puis aussi d’amitié au sein de l’ensemble, puisqu’il a été réintégré à l’issue de ce traitement. Enfin, il était intéressant de pouvoir interroger Mario, pour connaître ses références en matière de fûts, parce qu’un jour c’est lui qui servira peut-être de guide spirituel. Il y en a des tas, mais parmi les plus illustres, il cite John Bonham, Keith Moon et Jim Keltner. Difficile de faire mieux ! On se promet de se revoir lors de la journée promo qui sera organisée dans le cadre de la sortie de leur prochain elpee. Le temps de finir notre verre et de les remercier pour leur accueil et il est temps de se rendre dans la grande salle où le set d’Arno va commencer…
Soit il avait bouffé de la vache enragée, soit il voulait embrayer sur le show de Triggerfinger dans un même registre ; une chose est sûre, le début de set d’Arno est d’une sauvagerie inhabituelle. Même qu’Hintjens serre les dents. Il a soixante balais, mais il a encore la pêche, l’Anversois ! Heureusement qu’il chante (NDR : sais pas pourquoi, mais sa voix me fait alors penser à Captain Beefheart), sans quoi il ne piperait mot. Il ne prend d’ailleurs même pas la peine de présenter le moindre morceau pendant les trois premiers quarts du spectacle. On se serait presque cru à l’époque de TC Matic. Faut dire que son guitariste (NDR : Bruno !) met aussi la gomme ! Peu à peu la musique vire au funk blues. Même qu’Arno se met à l’harmonica sur un titre pendant que le sixcordiste s’exerce au bottleneck. On allait oublier, ils sont quand même cinq sur scène qu’Arno présente en fin de parcours, dont son fidèle claviériste, qu’il compare à Carla Bruni ( ?!?!?). Et lorsque l’artiste s’exprime enfin, c’est pour sortir des vannes. Du style : ‘on est moche, mais on s’amuse bien’. Pour en revenir à TC Matic, on a droit aux inévitables « Putain, putain » et « Oh la la la », que le public reprend en chœur. Arno nous réserve quand même son incontournable « Ratata », au cours duquel il manie les cymbales, et puis le toujours aussi bouleversant « Les yeux de ma mère »… Grosse acclamation et rappel, au cours duquel Arno choisit d’interpréter « Les filles du bord de mer ». Manquait plus qu’Adamo le rejoigne sur les planches. N’empêche, le publie apprécie, reprend en chœur, en balançant les bras, lorsqu’il ne danse pas la java. Opportuniste, mais bien pensé…
Tout habillés de noir, les Infadels montent sur scène vers minuit. J’avais eu l’occasion d’assister à leur premier passage au Pukkelpop en 2005, lors d’un set étourdissant. Mais l’année suivant, leur nouveau passage dans le cadre du même festival m’avait laissé plutôt sur ma faim. Le quintet est toujours aussi excité sur les planches, et en particulier le percussionniste/claviériste qui bondit chaque fois qu’il frappe sur son tom ou sa cymbale. Mais je ne sais pas pourquoi, leur solution sonore ne parvient plus à m’accrocher. Trop pop ? Trop synthétique ? Trop linéaire ? Le chanteur au petit chapeau noir (NDR : qu’il ôte en cours de set pour laisser apparaître son crâne chauve) a beau se démener, il ne parvient pas à me faire remuer le moindre orteil. Ah là, j’ai bien reconnu « I can’t get enough », leur hit single. Et puis tout le reste va stagner dans le même registre. C’est dansant, mais ça ne me donne pas envie de danser. Présent depuis 16h30, je cède donc le témoin à Seb qui couvrira le reste du festival. (BD)
Pour l’édition 2009, le Riffs’n’Bips avait prévu une seconde scène sous chapiteau, réservée aux groupes hennuyers et baptisée ‘Future is here’. Votre serviteur avait noté deux formations à ne pas manquer. Et tout d’abord De Volanges. La dernière fois que j'avais assisté à un concert de cette formation, c'était en 1992. Au Trianon, à Rumillies. Lors d'un festival new-wave/goth. Et la recette du band n'a pas changé : elle lorgne toujours vers Joy Division, And Also the Trees et autre Neon Judgement. La boîte à rythmes lourdingue et les artifices en moins. Car le rock déballé ici, bien que trempé dans les 80's, s'avère brut, sans fioriture ni concession. Une basse profonde, mélancolique voire carrément dépressive mais couplée à une guitare aux sons post-punk. Et chez le trio, la sauce continue de prendre. Le long titre éponyme de leur dernier album, "Caryatids", vient d'ailleurs brouiller les cartes et les références citées plus haut. Le set lorgne parfois vers The Mission et la petite centaine de spectateurs (pour la plupart dans la tranche 35-45 ans), massée sous la second stage, ne semble jamais s'ennuyer. De Volanges reste donc un groupe à (re)découvrir.
Le second combo à épingler sous ce petit chapiteau répondait au patronyme de Milk. Faut dire que pour l’instant, il est dans tous les bons coups. Il s’est ainsi notamment produit au Nandrin, à l'Autumn Rock ou encore à Dour cette année. Et si le band est assez jeune (NDR : ce n'est pas le cas de ses membres qui ont déjà un passé derrière eux), il draine déjà un public fidèle. Leur style s’inspire des eighties. Notamment la pop électro. On pense immédiatement à Vive La Fête. A cause de la présence d’une chanteuse blonde. Mais la comparaison s'arrête là, car Milk développe son propre jeu de scène. Leur chanteuse est certes moins extravertie qu'Els Pynoo, mais elle a de la voix. Et sa sensualité naturelle intrigue. Dès le premier titre du set, "Be yourself" (NDR : rien à voir avec le titre d'Audioslave), leur bassiste Sébastien Preaud se lâche et escalade les enceintes. Inévitablement on pense à IamX ou Fischerspooner ; mais on ne tombe jamais dans la copie conforme. Le set est rafraîchissant (NDR : outre la blanche rosée que l'on partage avec ses camarades trentenaires). On est finalement bien loin de la pop aseptisée entretenue par certaines formations belges actuelles (NDR : qui a dit hypes ?) Il est peut-être 2 heures du matin ; cependant, les spectateurs apprécient le concert jusqu’à son terme. Et le combo suscite d'ailleurs la sympathie. On suivra son parcours de près, d'autant qu'en novembre la sortie de leur deuxième album est annoncée...
Allez hop, un dernier passage par la grande scène. Plus par conscience professionnelle qu’autre chose, car après le bon show de Milk, je serai bien rentré me coucher. Mais voilà, un rapide coup d'œil à la prestation d'Arsenal s'impose. Le groupe belge fait de plus en plus parler de lui, notamment après avoir été sollicité pour participer à la confection de la B.O. de la célèbre série US « Six feet under ». Et aussi pour s'être produit dans les grands festivals tant chez nous qu’à l’étranger. Le changement d'ambiance est radical. Le spectacle baigne dans une électro teintée de world music. Les quelques centaines de spectateurs toujours sur pied semblent apprécier, et poussent même des pas de danse, sous les vibes afro ou sud-américains. Mais personnellement, il se fait tard pour goûter correctement ce set. Tout au plus, j’en conclus que ce combo tient sa place en ouverture ou clôture de grands festivals.
Sur la route du retour, un chevreuil a traversé imprudemment l’autoroute. Après avoir été percuté par mon véhicule, il s’est relevé et a repris son chemin. Et moi aussi. Ce n’est que le lendemain que j’ai constaté les dégâts provoqué à la carrosserie... (SL)
(voir aussi notre section photos)

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