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Un album hommage, pour tourner la page… Spécial

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Marquis de Sade s’est reformé en 2017. C’est lors d’une exposition destinée à célébrer son quarantième anniversaire que le groupe accepte de se reformer. Dans la foulée, en 2018, il entreprend une tournée, pour quelques dates de concerts. Et comme la flamme semble rallumée, il décide de sortir un troisième opus. Mais alors que le projet est bien avancé, Philippe Pascal, le chanteur charismatique, se donne la mort le 12 septembre 2019. Beaucoup auraient jeté l’éponge, mais deux mois après avoir encaissé le choc, Éric Morinière, Thierry Alexandre et Frank Darcel reprennent le collier, afin de sortir cet album… sous le patronyme de Marquis…

Fondé en 1977, Marquis de Sade n’a gravé que deux long playings, ‘Dantzig Twist’ en 1979 et ‘Rue de Siam’ en 1981. Considéré comme le chef de file de la new wave française et influencé par le Velvet Underground et Television, mais également Joy Division, les Stranglers et Talking Heads, il se sépare après la sortie du second elpee, en gravant dans la mémoire du punk/rock, des morceaux devenus classiques comme « Conrad Veidt », « Set in Motion Memories » et « Walls », mais également « Cancer et drogues » ainsi que « Brouillard définitif ». Philippe Pascal et Anzia, présent sur le premier LP de MDS, fondent alors Marc Seberg (1981 - 1992, période au cours de laquelle il réalise 4 albums) et Frank Darcel, Thierry Alexandre et Eric Morinière, Octobre (1981-1986, un album). Puis, malgré quelques projets éphémères, ces musiciens disparaissent des radars… Frank Darcel, le guitariste, part même vivre au Portugal. Il s’y consacre alors à la production, avant de revenir au bercail pour y former Republik, dès 2015…

‘Aurora’, l’album de Marquis est finalement paru ce 5 février 2021. A travers une longue interview accordée par Skype, Frank a accepté de nous parler de toutes les péripéties –parfois dramatiques– rencontrées lors de l’enregistrement de cet LP. Mais aussi de son profil de romancier. De Marquis de Sade, bien sûr. Et puis de la construction de l’Europe, dessein qui lui tient particulièrement à cœur…

Il a fallu trois longues années avant qu’‘Aurora’ ne soit achevé. Vu les événements tragiques affrontés, des moments de découragement sont inévitables. Des circonstances qui auraient pu inciter les musicos de tout plaquer. Frank réagit : « Non, mais nous les trois anciens du groupe, on a toujours eu envie d’aller jusqu’au bout. Je ne dis pas qu’il n’y a pas eu des moments difficiles, mais je ne sais pas pourquoi, j’ai toujours cru que ce disque irait à son terme. Après la disparition de Philippe, on a pris du recul, le temps de reprendre nos esprits. Et, immédiatement, j’ai pensé que l’école belge de rock pouvait nous correspondre. Avant qu’Adriano Cominotto ne me mette en contact avec Simon, je connaissais Ghinzu, dEUS et Balthazar. Et je me disais, mince, ces gens-là, comme en Bretagne, ils ont continué à faire du rock, en anglais avec leur son propre. J’en ai donc déduit que le salut viendrait de Belgique. Je le jure c’est vrai (rires). Et quand Adriano m’a parlé de Simon, on a été intéressé tout de suite. Mais je ne m’imaginais pas que les circonstances allaient prendre une tournure, finalement favorable. Et puis que les critiques des médias à l’égard de cet album seraient aussi positives. D’ailleurs, beaucoup de concerts sont annoncés pour septembre. Bref, s’il s’intitule « Aurora », ce n’est pas par hasard, car il se lève sur un jour nouveau. Et si c’est un album hommage, il tourne aussi la page… »       

Philippe Pascal disparu, il fallait que le trio déniche un chanteur. La première solution que Frank ait envisagée était d’inviter un interprète par titre. Frank explique : « On a d’abord contacté Etienne Daho, puis Dominic Sonic et Christian Dargelos qui avait fondé Marquis de Sade avec moi, il y a très longtemps. Mais entre-temps, on a rencontré Simon Mahieu, et là on s’est rendu compte qu’avec lui, on pouvait remonter un groupe. Mais on avait déjà reçu l’accord de plusieurs invités. On ne pouvait donc plus faire marche arrière. On avait aussi pris langue avec Dirk Polak, car on voulait absolument qu’il interprète une des compos… »

Et ce sera ‘Soulève l’horizon’. Une superbe chanson qui véhicule un message d’espoir. Frank partage cet avis : « C’est une des plus belles chansons de l’album. Elle traduit effectivement un message d’espoir. J’ai écrit ce texte-là en pensant à des êtres très chers disparus et en me demandant ce qui se passerait s’ils revenaient sur terre. Parce que l’album est né au cours d’une période sombre. Et que personnellement, je crois à la réincarnation. Je le confesse. C’est une chanson qui parle d’ailleurs de la réincarnation… Lorsque Dirk a envoyé sa maquette, je l’ai écoutée en présence d’une amie. La version n’était pas mixée. Et en l’écoutant, elle a fondu en larmes. Le morceau dégage vraiment quelque chose et on le remercie vraiment pour sa participation. Enfin, on espère que si on accorde un concert dans son coin, on pourra l’inviter sur scène, évidemment… »

Le nombre de guests justifie sans doute le manque d’homogénéité d’un LP complexe, mais qui tient la route. Frank concède : « Il a un côté un peu foutraque, mais il affirme une identité à travers la musique. On avait besoin de cette catharsis pour remonter la pente. De tout ce monde qui vienne nous donner un coup de main. Parce que le départ de Philippe nous avait laissé sans voix. On bossait sur cet album depuis tellement longtemps quand Philippe a disparu et puis on revenait de New York. Le projet a failli ne jamais voir le jour. Heureusement, la rencontre de Simon a permis de reconsidérer nos plans. Mais il est vrai que ce disque manque un peu d’homogénéité. Sans doute parce qu’il implique des interprètes différents ; mais l’accueil réservé par les médias est bon et il est évident que sur le deuxième album –qu’on ne va pas trop traîner à mettre en route– l’identité de Marquis sera plus palpable… »   

Etienne Daho rend hommage à Philippe Pascal sur ‘Je n’écrirais plus souvent’. Ce qui l’entraîne à (re)chanter sur une composition bien plus alternative que celles qui figurent dans son répertoire devenu mainstream. Frank raconte : « On a proposé deux titres à Etienne, et il a choisi celui-là. Au fur et à mesure qu’il nous a envoyé les parties vocales, on a eu l’impression qu’elles sonnaient comme lorsqu’il avait 25 ans ; comme ce qu’on avait réalisé en sa compagnie, 35 années plus tôt. En fait, tout l’album est très étonnant, vu le déroulement des événements. Non je crois que pour Etienne, c’est aussi une sorte de retour aux sources. Détail amusant, on vient d’apprendre aujourd’hui que ce titre rentrait en playlist sur France Inter. C’est comme une aventure qui recommence. Ce disque s’est nourri de cycles. C’est la raison pour laquelle, à première écoute, il peut dérouter ; mais il s’inscrit dans plusieurs histoires. Dont la fascination que New York exerçait sur nous quand on a démarré la musique. Et maintenant, une partie de ce New York-là joue avec nous. Oui, c’est une drôle d’histoire, cet album… »  

Episode particulier, le retour d’anciens membres du groupe comme Christian Dargelos et Sergeï Papail pour participer aux sessions. Ils interprètent ‘Holodomor’, une chanson inspirée de la famine organisée par le régime stalinien, dont ont souffert les Ukrainiens, dans les années 30. Un comeback quand même inattendu, vu les circonstances de leur éviction. Surtout pour Christian. Frank justifie leur présence : « Il est toujours resté un ami, même si c’est moi qui l’ai viré du groupe en 78. Donc, il subsistait une petite douleur, à cause de cette décision. Dès lors, pour lui, ce n’était pas une revanche, mais aussi un cycle qui s’achevait. Il remettait un pied dans Marquis de Sade. D’une manière un peu détournée, mais bon… Non, non, ils étaient très heureux d’être associés au projet. On ne voulait pas, non plus, d’une réunion d’‘Anciens combattants’, car on savait qu’il y avait 40 ans de punk rock qui nous regardaient… Pour en revenir à la chanson, Marquis de Sade l’interprétait déjà, lors de la deuxième tournée, après la sortie de ‘Rue de Siam’. Mais on ne l’avait jamais enregistrée. Et quand Philippe était encore vivant, il m’a confié avoir envie de reprendre ce morceau. Mais on n’avait pas la maquette. Finalement, on a retrouvé la bande d’un concert accordé à Strasbourg. Et on l’a rejouée. Musicalement, ce n’était pas trop compliqué. Car elle est identique à ce qu’on proposait en 80, sur les planches. On l’a simplement adaptée aux nouvelles technologies de studio. J’ai donc travaillé sur le thème de l’Holodomor, pour écrire le texte. Et dans cet esprit, on a ajouté le discours de Tymochenko au Maïdan, en 2014. Ce qui communique un aspect politique qu’on aimait bien chez Marquis de Sade, au morceau. C’est aussi un message de soutien aux Ukrainiens… »

Richard Hell (Voidoids), Richard Lloyd (Television) et James Chance, véritables légendes du punk américain, ont participé aux sessions. Peter Katis, producteur, ingénieur du son et mixeur régulièrement sollicité dans l’univers du rock alternatif (Kurt Vile, The National, Sharon Van Etten, Shearwater, et la liste et très, très loin d’être exhaustive), a même été approché pour tout mettre en forme… Frank clarifie la situation : « J’ai rencontré Peter lors des secondes sessions new-yorkaises. C’est le voisin des ex-Talking Heads, Tina Weymouth et Chris Frantz. Et ce sont des amis. Ils vivent dans le Connecticut. Mais je les vois régulièrement, quand ils reviennent en Bretagne, car Tina a des origines bretonnes, par sa mère. Et puis, ils avaient aussi assuré une section rythmique sur un disque de Republik. Inutile de dire que lorsque j’avais reçu la session, j’étais comme un enfant au bas du sapin de Noël. Cependant, je n’avais pas l’intention de leur demander de collaborer à l’album de Marquis. Simplement, j’ai informé Tina, qu’on cherchait des guitaristes. Ivan Julian (NDR : Richard Hell & The Voidoids), un pote également, était déjà partant. Elle m’a répondu qu’elle allait me mettre en contact avec Richard Lloyd, parce qu’il n’est pas toujours facile de l’atteindre. D’autant plus qu’il ne vit plus à New York. Et elle a tenu parole. Tina et Chris m’ont aussi hébergé quand je suis allé voir Peter Katis. Et c’est Chris qui m’a emmené chez Peter pour visiter son studio. Ils sont toujours bienveillants. Tina, c’est en quelque sorte la marraine du projet. Quand j’ai rencontré Peter, Philippe était encore là. On souhaitait que ce nouvel album soit distribué aux Etats-Unis. La présence de ces prestigieux invités était un atout, mais bénéficier du concours d’un mixeur de renom comme Peter aurait pu s’avérer déterminant. Et Peter était d’accord sur le principe. On a commencé à échanger les fichiers par Internet. Mais Philippe est décédé et quelque temps plus tard, le Covid a démarré. Dès lors, cette collaboration était devenue improbable. Finalement, on a confié le boulot à notre mixeur maison Sébastien ainsi qu’à Dan Lacksman. Et on est très content du résultat. On ne regrette pas ce choix, mais Peter ça a failli se faire, mais ça ne s’est pas fait… »

Un fameux boulot en perspective, vu le nombre d’invités et les différentes sessions réalisées à des endroits différents. Frank confirme : « Heureusement qu’on ne se sert plus de bandes à l’ancienne. La ‘production executive’ a dû tenir compte des séjours à Bruxelles, Paris et New York, outre ce qu’on avait accompli en Bretagne. Sans oublier que Dirk Polak a réalisé sa session à Amsterdam. C’est l’avantage de la technologie. Avec des bandes, on serait encore occupés de remixer l’album. Un disque dur est très pratique. Il ne pèse que quelques centaines de grammes, et on peut l’emporter avec soi, pour aller aux Etats-Unis, par exemple… »

Sur l’opus, figure une compo interprétée partiellement en allemand, une en portugais, une en néerlandais et les autres en français ou en anglais. Le groupe aurait peut-être pu en prévoir une en breton. D’autant plus que Frank a été impliqué dans l'autonomisme de cette région et est un ancien membre du Parti breton. Et qu’en outre, en 2000, il a produit l’album d’Alan Stivell, ‘Back to Breizh’. Frank n’y avait pas pensé : « On avait travaillé sur son album au SynSound, aussi chez Dan Lacksman, en Belgique. J’aime beaucoup Alan, c’est un ami. Mais je parle mieux le portugais que le breton. J’ai travaillé au Portugal un bon bout de temps ; et quand on produit des disques là-bas, il est exclu de ne pas apprendre la langue. Et il est toujours préférable de parler celle du pays. C’est pourquoi, j’approfondis le breton, en ce moment... » Et d’ajouter : « J’ai insisté pour que Simon interprète une chanson en flamand. Parce qu’au départ, il était parti sur un texte en anglais. Et je lui ai dit que ce serait quand même sympa de l’interpréter dans sa langue natale. J’ai chanté en portugais, tu pourrais en chanter une en flamand ! On a vraiment cette appétence européenne, et l’envie de tourner en Europe, mais pas seulement. Au cours de notre jeunesse, on ne voulait déjà plus de frontières à l’intérieur de l’Europe, et à fortiori du mur de Berlin, qui nous séparait du bloc de l’Est. D’ailleurs on espère que les frontières en Europe seront définitivement effacées dans quelque temps. C’est un peu le message qu’on veut faire passer, en chantant dans plusieurs langues européennes… »

Frank est un Européen convaincu, mais il regrette que l’Europe sociale ne soit pas encore réalisée. Finalement, n’est-elle pas allée trop vite, en ouvrant les frontières aux pays sis plus à l’Est ? La question méritait d’être posée… « Oui, bien sûr, on peut débattre du sujet, car ce qu’on appelle le noyau dur européen n’a pas pris la peine d’harmoniser le processus d’intégration. Mais je pense qu’il n’existe pas de volonté pour y parvenir. Si l’Europe se réalise, ce sera par celle des citoyens européens. Les députés européens sont aujourd’hui élus au suffrage universel. Ce qui n’était pas le cas au départ. Des habitants de villages italiens ont pétitionné et obtenu suffisamment de signatures pour qu’on force le parlement européen à devenir démocratique. La décision remonte à bien longtemps (NDR : en 1979 !). L’Europe dispose des boîtes à outils pour devenir plus efficace, et malgré sa réglementation, elle n’est pas si mal faite. Mais c’est aux citoyens de s’en servir, car les élus considèrent leur mandat comme leur gagne-pain. Et dans ces conditions, l’Europe n’est pas près de se réaliser. Pourtant, je crois beaucoup au passeport européen. J’aimerais qu’il ne mentionne que le nom, le prénom, le lieu de naissance et le domicile. Et rien d’autre que ‘Communauté européenne’ et pas de référence à un pays. Ce serait un pas en avant extraordinaire dans la construction de l’Europe… »

‘European psycho’ se réfère au film ‘American psycho’ de Mary Harron et par conséquent au livre de Bret Easton Ellis du même nom. Apparemment, c’est un thriller qui a marqué Frank. Il confirme : « Oui, c’est un livre que j’ai beaucoup aimé. Il y a ce moment dans le film où le gars qui a commis les pires atrocités se rend compte que la police ne s’intéresse pas vraiment à lui. Ce raccourci sur le monde dans lequel on vit est vraiment fascinant. A l’époque, quand le film est sorti, il a été plutôt décrié, mais personnellement, je l’ai apprécié tout de suite. J’avais aussi découvert Christian Bale, un acteur qui n’était pas totalement débutant, mais que je trouvais extraordinaire dans son rôle. Donc cette histoire m’a influencé. En extrapolant, il faut admettre que le monde a été confié, depuis quelque temps, à des personnages aussi controversés que Trump, Bolsonaro ou Poutine. On se demande alors où se trouve la normalité ? Et finalement, le personnage central de cette chanson estime qu’il commence à être en accord avec la réalité. C'est-à-dire que le monde est devenu aussi dingue que lui. Et ça lui va bien. Mais nous, ça nous inquiète, évidemment… »        

Frank écrit aussi des romans. « Depuis une quinzaine d’années. Du roman noir. « J’en ai publié deux chez Flamarion. J’ai participé à des concours dans le domaine du polar. Le prochain bouquin, ‘L’armée des hommes libres’, est en cours de gestation et de correction. Il ne sera publié que l’année prochaine. Mais je n’ai pas encore choisi l’éditeur… C’est une dystopie qui se déroule en 2030. En Finlande. A Helsinki. Une ville que j’ai découverte il y a 2 ans, que j’ai beaucoup aimée. Et j’ai commencé à écrire ce roman dans la foulée. Le scénario repose sur l’histoire d’un soldat portugais qui s’est perdu dans cette ville, suite à la 3ème guerre mondiale, et après avoir survécu à de tas d’épidémies. Le monde a explosé. Et j’y décris ma version de la post-apocalypse… »

‘Le voyage d’Andrea’, c’est le titre du livre de Manuela Varrasso, mais ce serait un autre hommage à Philippe Pascal. Or c’est un instrumental… Frank s’épanche : « J’ignorais que c’était le titre d’un roman, mais ça m’intéresse. En fait, l’album ‘Rue de Siam’ s’achève par un morceau intitulé ‘Submarines and Icebergs’. Et lors des obsèques de Philippe, c’est ce titre qui a été joué. Ce qui nous a fortement émus. Aussi, en quittant les funérailles, j’ai dit à Thierry et Alexandre, qu’il fallait qu’on lui donne une suite. Qu’on refasse un instrumental en hommage à Philippe et qu’on l’intègre à la fin du nouvel album. Ce fameux disque qu’on n’arrivait pas à terminer. Et finalement, on l’a intitulé ‘Le voyage d’Andréa’, parce que Philippe est parti en voyage. Et Andréa, c’est le surnom qu’il avait choisi à une époque de l’existence de Marquis de Sade. Je pense, par ailleurs, qu’il s’agissait d’un clin d’œil adressé à la bande à Baader. Bien que ce soit Andreas Baader, je crois… »

Etonnant quand même que Dominique A n’ait pas été sollicité pour composer ou interpréter une chanson. Frank réagit : « Il figurait dans la liste des invités potentiels. Mais après avoir rencontré Simon, ceux qu’on pensait contacter ne l’ont pas été… » Dominique a quand même intégré une reprise de ‘L’éclaircie’ (NDR : signée Philippe Pascal, elle figure sur l’elpee de Marc Seberg, ‘Le chant des terres’) sur son dernier opus, ‘Vie étrange’. Frank l’encense : « Cette adaptation est dépouillée, mais elle est magnifique… »

Autre moment émouvant, la reprise d’‘Ocean’ du Velvet Underground, chantée par Dominic Sonic. Il est décédé peu de temps après l’avoir interprétée. Votre serviteur avait eu l’occasion d’assister à un concert de cet artiste, au cours des années 90, à l’Aéronef de Lille. Une affiche dont la première partie était assurée par un groupe constitué de personnes handicapées lors d’un set consacré à la musique, mais également à la poésie. Et pour lequel Dominic était impliqué... Mais à partir de 1997, il se fait de plus en plus discret. Début du millénaire, il se produit encore lors de festivals prestigieux et participe à différents projets. Il grave un cinquième elpee en 2007, fonde AK47 Blues Rendez-vous en 2010 et dans la foulée, repart en tournée. Il publie un dernier LP en 2015. Puis, on perd sa trace. Frank restitue quelque peu son parcours réalisé au cours de ces dernières années : « Il se produisait encore un peu en ‘live’. Il a apporté sa collaboration à plein de gens. Avant de remonter Marquis de Sade, il était venu assurer un duo, lors de sessions de mon dernier groupe, Republik. Il était toujours disponible, mais entre deux disques, il assurait le rôle de roadie pour d’autres formations. Et même pour Marquis de Sade, lors de la tournée de reformation. C’était drôle ! Il aimait tellement la musique et la scène. C’est quelqu’un qui voulait être le plus proche de cette scène. Proche de l’action, en quelque sorte. Un type adorable et tellement chouette ! Et pour nous, il était vraiment naturel qu’il vienne chanter sur le disque aussi… » Et d’ajouter : « Il a toujours été impliqué dans des actions caritatives. La formule peut paraître bizarre, mais pour ceux qui l’ont connu et se souviennent de lui, ils te diront qu’il était impossible de se fâcher avec lui. C’était une sorte de Saint. Comme on en a beaucoup en Bretagne. Et on est vraiment heureux qu’il ait chanté sur le disque. Malheureusement, il nous a quittés, trois semaines après sa participation. Le titre est d’autant plus touchant, évidemment… »

Lorsqu’il est né, Marquis de Sade rêvait de sonner différemment de ce que les groupes français proposaient à la fin des 70’s. Pourtant la musique de Magma et d’Ange sonnait différemment… Frank réplique : « Ange, c’était pas du tout ma tasse de thé. Ce sont des groupes qui n’ont pas du tout été concernés par le mouvement punk. C’était un autre monde. Et d’une certaine manière, c’était un monde que nous voulions voir disparaître. Ils n’ont jamais servi de référence pour moi. J’avais assisté à des concerts de Magma à Rennes, et je reconnais que les prestations étaient impressionnantes. Mais le mouvement punk se foutait royalement des prouesses techniques. Ce qui n’était pas le cas de Magma. Le mouvement punk voulait faire table rase du passé. Ce qui nous intéressait beaucoup. Et cet état d’esprit m’a incité à me lancer dans la musique. J’ai cessé les études à cause du mouvement punk. Sans quoi, je ne serais pas devenu musicien. Après, j’ai appris à jouer de la guitare… »

A ses débuts, Marquis de Sade accordait également une grande importance à l’image. Mais est-ce encore le cas aujourd’hui ? Une question qui méritait également d’être posée. Frank nuance : « Peut-être pas de la même manière. Je pense que l’esthétique sur scène restera importante. Un aspect qu’on retrouve également dans le soin et la sobriété apportés aux pochettes de disques qu’on a essayé de réaliser dans le contexte européen. Peu de couleurs. Une forme d’épure, de retenue. En poursuivant cette espèce de ligne sombre en terme esthétique. Bien sûr, je pense que cette caractéristique est devenue à la fois moins déterminante, tout en demeurant très pertinente, notamment en matière de circulation des images, de réalisation de clips, etc. Richard Dumas, notre photographe pour les séances officielles y est attentif, mais il n’existe plus de code aussi strict qu’aux débuts de Marquis de Sade. Je porte même une chemise à rayures sur la photo de session officielle. Ce que je ne me serais pas permis (rires), il y a 40 ans. On garde cette norme en tête, mais elle est évidemment moins rigide… »  

En cherchant sur la toile, on découvre l’existence d’une chanson intitulée ‘Aurora’, signée par un groupe néo-zélandais baptisé Marquis & The Vanguard, une compo qui figure sur l’Ep ‘My skinny bones’. Drôle de coïncidence ! Frank l’a aussi constaté et il ajoute : « Il y a mieux encore. Marquis c’est également une marque de cheminée produite dans le Nebraska, aux Etats-Unis, dont un des modèles s’appelle Aurora. On pourra bientôt faire leur pub. Sur les moteurs de recherche, les associations de mots incompatibles débouchent rarement sur un résultat. Mais ces deux termes sont un peu sexy. Ce qui explique, forcément, que c’était déjà imprimé quelque part. Je n’ai pas écouté la compo du groupe néo-zélandais. C’est peut-être un groupe issu des années 60 voire 70… » Reconnaissant ne pas avoir approfondi l’info lors de la recherche, je ne puis lui répondre que le titre tient la route (NDR : en fait, il s’agit d’un combo récent qui pratique du néo-folk et dont le morceau en question remonte à 2015). Frank prévient d’un ton amusé : « On diffusera le morceau, avant de monter sur scène. Et on y installera une petite cheminée, aussi (rires)… »    

Lors des sessions, deux morceaux avaient été enregistrés en compagnie Philippe Pascal. Ils figureront sur la future intégrale, actuellement en préparation. Mais pourquoi alors avoir intégré sur le long playing la chanson de Dominic Sonic, et pas celles de leur chanteur emblématique, puisqu’ils sont décédés tous les deux ? Serait-ce pour booster la vente de cette intégrale ? Frank justifie cette option : « Non, pas du tout. Au départ, c’était par respect pour la famille de Philippe. Et puis, ce choix nous paraissait plus cohérent. Le travail sur l’intégrale, il a commencé bien avant le décès de Philippe. La démarche juridique nécessaire pour redevenir propriétaire des premiers albums de Marquis de Sade, a pris 2 ans, une procédure à laquelle Philippe a participé. La récupération de certaines bandes démo était un processus entamé depuis longtemps. Je me suis rendu chez Dan Lacksman, à Bruxelles, il y a 4 ans maintenant, pour nettoyer des bandes, les passer au four, etc. ; car il est aussi spécialiste dans ce domaine. Finalement, on était beaucoup plus à l’aise d’insérer les morceaux interprétés par Philippe, dans l’intégrale, parce que c’est du Marquis de Sade, et le groupe a quand même choisi maintenant le nom Marquis. J’estime que c’est plus honnête. Maintenant, si la maison de disques en profite pour faire de cette exclusivité du markéting, ce n’est pas notre problème. Les compos n’ont même pas encore été mixées. Donc, elles ne pouvaient pas figurer sur « Aurora ». En outre, ce sont des extraits qui comportent une forte charge émotionnelle. On n’a pas eu le cœur à ça et donc… Cette intégrale devrait paraître fin de cette année, mais ce n’est pas certain non plus. Certains chaînons sont encore manquants et on veut vraiment faire un chouette truc… »         

Photo : Richard Dumas

 

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