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Composer une macédoine à base d'instruments issus de traditions différentes, c’est tendance, mais le résultat n’est pas toujours garanti, surtout lorsqu’elle se limite à accumuler les influences et les ingrédients (imaginez un couscous incorporé à un hachis Parmentier, agrémenté de morceaux d’ananas). Le parti pris par Vincent Ségal et Ballaké Sissoko est plus prudent, car il se limite à agréger deux instruments : un violoncelle et une kora (cet instrument d'origine mandingue qui s'apparente à une harpe). Mais plus audacieux aussi, car, dans un tel dépouillement, aucune sauce d’artifices ne se charge d'associer les deux univers.

Ce disque est né de la collaboration entre deux amis qui se sont patiemment apprivoisés, tels le renard et le Petit Prince. Ballaké Sissoko, tout d’abord. Né pour ainsi dire d'une kora (puisque son père et son grand père étaient eux-mêmes des joueurs de kora), ce grand nom de la musique malienne a apporté sa collaboration à moult griots et chanteurs. Vincent Ségal, ensuite. Ce violoncelliste notoire a forgé son expérience auprès d'artistes comme M, Cesaria Evora et Malik Mezzadri de Magic Malik, pour ne citer que les plus célèbres ; il est également membre fondamental du groupe Bumcello.

Reposant, le son créé par Ségal et Sissoko a été enregistré de nuit, et s’y prête particulièrement bien. On s’imagine sous les étoiles, dans un village d’Afrique. Deux amis discutent à voix basse, assis dans des fauteuils, les yeux rivés dans le ciel. Nul bruit alentour, pas de lumières. Le temps est une chimère. Et les deux compères, à l’aide de leurs instruments en guise de mots, refont le monde. Les deux cultures millénaires parviennent à s’entendre, à trouver une langue commune, et parfois la limite entre kora et violoncelle s’estompe, lorsque Ségal pince les cordes comme Sissoko. C’est une harpe de plusieurs octaves, jouée simultanément aux doigts et à l’archet, par quatre mains sages.

Les deux musiciens discutent avec l’aisance de ceux qui se connaissent depuis toujours. Musique nocturne, elle est aussi désertique. Ses silences sont des respirations, ses mélodies parlent et apaisent l’âme. Aucun soubresaut ne pointe à l'horizon.

Contrairement à l’expression sonore de Bumcello, dont le beat vitaminé est bien de notre époque, « Chamber Music » propose une musique expérimentale certes, mais séculaire. Ce disque est plus intimiste, comme produit en retrait du monde. C'est peu dire que le métissage entre la musique classique occidentale et la musique traditionnelle africaine est ici réussi. Il faudrait plutôt parler d'une harmonie mystérieuse, qui, si l'on se laisse bercer, nous fera passer une nuit à la belle étoile.

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