‘J’ai découvert un groupe super’ il nous a dit Clotaire’.
Nous, on l’a regardé d’un drôle d’air, parce que quand Clotaire dit découvrir un chouette groupe, souvent, nous, on trouve ça nul.
‘Et comment qu’il s’appelle ton super groupe?’ il a dit Maixent.
‘Il s'appelle Rhum for Pauline’.
‘On écoute?’ j’ai demandé.
Alors, Geoffrey a introduit le disque dans la platine. On a poussé le volume très fort, et le bouillon est arrivé. Aussi, il nous a demandé d’arrêter ce raffut, et puis il a confisqué le disque de Clotaire, qui s’est mis à pleurer, et…
Jeune garçon, en lisant ses aventures, j’étais loin de m’imaginer le petit Nicolas en président de pacotille d’une république à la dérive. Et jeune adolescent, loin d’imaginer le rock hexagonal à la hauteur de ses modèles anglo-saxons. Seulement voilà, la réalité a quelque peu dépassé la f(r)iction. Rock français ne rime plus avec variété, et peut même être synonyme de qualité.
Ainsi, sous ses allures faussement enfantines (le nom du groupe, la pochette), Rhum for Pauline possède pourtant la carrure d’un bûcheron de la côte ouest américaine, bâti pour abattre les obstacles susceptibles de se mettre en travers du chemin du succès comme autant d’arbres au milieu de sa route.
Dès le très accrocheur « Walker’s lament » d’ouverture, on sent chez ces jeunes nantis, ces fiers Nantais, la volonté d’en imposer, par la grâce d’une maîtrise parfaite des codes en usage dans cette grande cour de récréation où se construisent les rêves de demain. Parfaitement maîtres de leur style aux sonorités 70’s ensoleillées, roulant des basses comme d’aucun des mécaniques, ces mioches échappent à tous les clichés du genre et sans avoir l’air d’y toucher, s’attaquent fièrement à ce qu’on fait de mieux dans le genre. Jouant des coudes et nullement intimidés par leurs cousins californiens, ces quatre hexagonaux assènent un fameux coup de rajeunissement au rock national à la recherche d’un nouveau souffle. Loin de la prétention orgueilleuse de certains de ses pairs, et empli d’une maturité étonnante pour un premier album, « Miami » respire l’insolence du coup de génie porté par des jeunes pousses aux dents longues. Soul, disco, rock, pop, qu’importent les ingrédients, pourvu qu’on ait l’ivresse. Ce cocktail survitaminé s’avérant hautement recommandé.
A l’heure de l’ultra mondialisation, où les logiques s’estompent et les frontières s’effacent, il reste des repères qui balisent notre quotidien. Un bon disque restera toujours un bon disque. Ce premier mini-album puisse-t-il tracer une voie royale à ce groupe de la cinquième République, bien au-delà de la Loire et de Navarre.

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