Comment ne pas aborder OMD sans nostalgie et révérence quand on songe au passé et à ces titres imprimés dans l'imaginaire collectif (NDR : « Electricity », « Enola Gay », etc.) Seule perspective salvatrice pour affronter ce qu'il est convenu d'appeler un (très) mauvais disque.
Je me suis penché au chevet de ce onzième album studio avec compassion, compréhension et mansuétude. Bien que pessimiste d'entrée suite aux critiques fort peu élogieuses qui fusaient de toutes parts et au vu d'une carrière placée longtemps entre charentaises, après avoir essuyé de nombreuses déceptions au fil d’albums dont la qualité s’effilochait progressivement, j’ai donc décidé d'accorder le temps et l'attention nécessaire pour me construire une idée vierge de toute remarque extérieure. Las! On ne vit pas de « Souvenir », et à mi chemin, j’ai compris que rien n'y ferait. Il est vain de vouloir sauver les apparences. Malgré les retrouvailles de la paire Mc Cluskey – Humphreys, les années d’or sont enterrées et le génie n’opère plus. Pas plus que la magie. Ce come-back sous les projecteurs ressemble bel et bien à la dernière Cène. Opérant un retour aux sources axé sur le son d’hier comme modèle d’aujourd’hui, le projet gonflé à l’hélium s’essouffle comme une baudruche.
Au final, le constat est plus qu'amer. Le fiel qui coule de ma plume est nourri de l’amour que je porte aux moments de grâce élaborés jadis par ces architectes d’un style novateur. Ce qu’ils nous proposent aujourd’hui n’est rien moins qu’une parodie d’eux-mêmes. Ce retour à la compétition est ce qu'on pouvait imaginer de pire. Oui, ce disque est foncièrement laid.
Comme projeté des années en avant, et contemplant le corps décrépi d’un amour de jeunesse qui se serait flétri, je ne peux que me remémorer la beauté d’hier pour affronter la dure réalité d’aujourd’hui. Ce qui était n’est plus. Bonjour mélancolie !
Nous sommes en 2010 et « Architecture and morality », « Organisation » et « Dazzle Ships » font partie du passé. « History of modern » lui, flotte grossièrement entre deux époques, polluant la discographie déjà ternie de ce combo pourtant culte.
Le titre lui-même fait référence à leurs débuts et cette attitude passéiste colle comme un goût pâteux du début à la fin de cet opus. Mais ce qui ressort plus que tout, c’est le hideux qui suinte au détour de presque chaque plage.
Usant et abusant de gimmicks outranciers, voire carrément pompiers, de sonorités dépassées et bavantes dignes des pires variétés kitsh mais sans une once d'humour sous-jacent, des mélodies enfantines frôlant la crétinerie (« Sister Mary says » rappelle Mon petit Poney), et des chœurs lyriques baroques affligeants, cet album sonne le gras d'une carrière déclinée au passé simple. L'aura pâlit. De ce salmigondis abject, ne subsiste que quelques fausses bonnes idées qui font encore illusion, mais plus par pitié qu'autre chose. Au mieux inspiré par Kraftwerk (appelons ceci un hommage) sur « The future, the past and forever after » dont le seul titre suffit à jeter le doute, parfois touchant de gaucherie dans ses tentatives de rajeunir les murs du son (« Sometimes »), c'est tout l'édifice OMD qui sombre et prend eau de toutes parts.
Ressassant le passé, s'auto parodiant jusqu'au plus grand ridicule, Orchestral manœuvre maladroitement et se plante royalement.
L'album se clôture sur un titre évocateur. « The right side? ». Et poser la question, c'est déjà y répondre. Certains disques devraient être gravés sur support réinscriptible...

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