Tortoise est un groupe à l'influence si féconde dans la musique (électro/post) rock d'aujourd'hui qu'il est presque impossible de recenser le nombre de groupes qui lui sont redevables. La plupart d'entre eux copient sa musique. Les autres la perpétuent directement, de ravalements de façade en déclinaisons bienheureuses, grâce à l'aide des propres musiciens du groupe. Au fil des ans, Tortoise est ainsi devenu une sorte de nébuleuse musicale autour de laquelle gravitent quelques groupes aux membres communs. Brokeback en fait partie, puisqu'on y retrouve Douglas McCombs (bassiste chez Tortoise), John McEntire (leader de Tortoise), Noel Kupersmith (double basse), Chad Taylor et Rob Mazurek (percussions et trompette, également connus comme le Chicago Underground Duo, autre satellite de la nébuleuse). Dès le premier morceau, on sent donc qu'on a affaire à des types de chez Tortoise : même étirement des rythmes et des dissonances, même interférences électroniques et jazzy ; bref même atmosphère post-rock. La différence ici, c'est la présence de deux basses qui se répondent sans cesse, et puis ces cuivres aériens, mêlés aux voix diaphanes de Mary Hansen et Laetitia Sadier de Stereolab. Sur " Name's Winston, Friends " ou " Pearl's Dream ", ces voix vaporeuses vont jusqu'à donner la chair de poule : c'est d'autant plus vrai qu'Hansen est morte l'année dernière, après avoir été fauchée à vélo par une voiture… Parfois soporifique (" In The Reeds ", " 50 Guitars "), souvent étonnante (" The Suspension Bridge ", une cover de… Tortoise, et " Everywhere Down Here ", hybride réussi entre Labradford et Ry Cooder), la musique de Brokeback doit s'écouter religieusement, sous peine d'être mal perçue. Car loin d'être facile d'accès, " Look at the bird ", une fois apprivoisé, se pare des plus belles couleurs. Reste après chaque écoute à se souvenir de Mary Hansen, qu'on entend ici pour la dernière fois. Plus qu'un disque, donc : un véritable testament.

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