J'ai bien peur que ce quatuor bostonien ne se morde les doigts d'avoir signé chez un major. Enfin, pour l'Europe. La vieille Europe. Car de son nouvel album, je n'ai entendu que très peu d'écho. Ce qui est une profonde injustice, car Cave In vient de signer ici son meilleur opus. Bien sûr, ceux qui regrettent le caractère hardcore de leurs premiers disques vont définitivement tourner la page. S'ils ne l'avaient déjà pas fait après la sortie de " Jupiter ". Personnellement, je préfère cette nouvelle démarche. Toujours aussi électrique et cinglante, mais moins caustique et plus raffinée. Plus chatoyante et plus mélodique, elle met davantage en évidence les harmonies vocales. Limpides, cristallines, elles peuvent s'appuyer sur le timbre velouté de Stephen Brodsky, dont la voix me fait penser à un hybride entre Mark Chadwick (Levellers) et John Wetton (King Crimson). Une voix qui épouse même parfois les courbes instrumentales, comme à l'époque du prog rock. Produit par Rick Costey (Audioslave ; mais ce n'est pas une référence !), " Antenna " conjugue mélancolie, violence et expérimentation avec beaucoup de bonheur, oscillant du tempétueux et baroque (" Strained silver ") à la cold (en faisant abstraction du tempo, " Youth overrided " aurait pu relever du répertoire des Chameleons ), en passant par la pop rafraîchissante ( balayé de guitares bringuebalantes, " Beautiful son " me rappelle le meilleur House Of Love) ou contagieuse (" Anchor " et " Woodwork ", ainsi qu'" Inspire ", nonobstant son groove sale et viscéral), la britpop complexe circa Radiohead (" Breath of water), le métal zeppelinien (le furieux " Rubber and glue ", l'écorché et palpitant " Penny racer ") et bien sûr la prog (si " Joy opposites " palpite au son des oscillations galactiques, " Seafrost " ressemble à une odyssée cosmique, épique, presque floydienne, enrichie par une basse qui rôde et des accès de jazz aventureux). L'elpee recèle également une chanson écrite début 2002, réenregistrée et réarrangée, qui bénéficie pour la circonstance de deux chorus au lieu d'un seul : " Lost in the air ". Un bien bel album !
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