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The angel's message to me

Écrit par - Akim Serar -

A l'écoute de cet album, je ne peux que me remémorer les journées vécues chez tante Gertrude, quand enfant, je devais passer des heures entières à contempler le soleil briller dehors, assis sur une chaise avec comme consigne de ne pas bouger, et ne pas faire trop de bruit. Bref, de veiller à canaliser toute cette énergie qui ne demandait qu'à s'extérioriser. Alors, mes yeux se mettaient en quête de trésors et autres passages secrets éventuellement enfouis derrière telle ou telle pièce du vétuste mobilier familial. Patiemment, j'auscultais chaque recoin, et mon imagination prenait le dessus. Et ces terribles heures d'ennui inéluctables se transformaient doucement en palpitantes découvertes.

C'est qu'à la première écoute, « The angel's message to me » ne procure guère plus de frissons. En découle une impression commune à mes souvenirs. Celle d'une probable et inévitable lassitude qui gagnerait bientôt mes sens déjà engourdis. La première audition me laisse de marbre, passe en arrière-plan dans mon subconscient. Et n'y laisse guère de traces. A priori. Sauf que... Quelques heures plus tard, j'y retourne. Et là, jaillit cette petite étincelle au fond de mon âme d'enfant. Mes oreilles prennent aujourd'hui le relais de mes yeux, et se mettent aux aguets, sondant chaque parcelle de cet album.

Chris Brokaw (ex-Come, ex-Codeine, etc.) et Geoff Farina (ex-Karate, ex-Secret Stars, etc.) n'ont rien à prouver et ne recherchent pas l'esbroufe. Ce recueil de reprises de standards oubliés du blues, le véritable Blues, celui dont les racines s'étendent sous les 'chants' de coton, ils l’ont concocté pour leur propre plaisir avant tout. Soudain, un sentiment de culpabilité m'envahit. J'ai failli lyncher cet elpee, le jeter aux orties sans ménagement. Sans doute ne pas y revenir. Après la deuxième écoute, je commence à m'y attacher. Je sonde plus avant. La poussière s'envole dans un rai de lumière et les ombres dansent sur les murs, découvrant des pans jusque là dissimulés. Des vastes passages s'ouvrent ci et là. Je m'engouffre avec délectation dans cet univers onirique. Je vogue sur le Mississippi.

Ces douze reprises du folklore sudiste mettent en valeur aussi bien la richesse de ces compositions originales que le talent des deux protagonistes. Tout en réserve, ils rendent hommage à ces pionniers d'une musique américaine qu'on aurait tort de trop vite ranger au grenier, sous le vieux gramophone de tata. Mises sous un jour nouveau, ces pépites oubliées retrouvent tout leur éclat. Avec douceur, espièglerie, et sans nostalgie passéiste. Simplement.

Le soir tombe, maman enfile son manteau. Il nous faut nous en aller. Je souris. J'ai passé une bien belle journée.

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