" Emerge " constitue le plus gros tube de la génération elektroklash : sexy, sauvage, jouissif. De la dynamite. Le genre d'hymne transgressif que l'on fredonne sans cesse, même après 10.000 écoutes. Alors que le genre, déjà en pleine baisse de régime, ne devrait plus faire long feu, on ressort le premier et unique album de Fischerspooner, alias Warren Fischer et Casey Spooner. Sans doute parce qu'" Emerge " est encore sur toutes les lèvres : " Sounds Good… Looks Good… Feels Good Too " serait en passe de devenir le slogan des adeptes de l'hystérie collective et du Carpe Diem, des clubs aux salles de concert rock. Parce que les deux compères, au départ, ne comptaient pas faire de la musique. Plutôt des expos et des performances vidéos dans les galeries d'art, à semer leur bonne parole à la Andy Warhol et tenter de récolter leurs " 15 minutes de gloire ". C'est ainsi que, de fil en aiguille, Fischer et Spooner sont devenus des stars de l'électro glam-trash, érigés symboles déviants d'une jeunesse électro qui voulait le retour des strasses et du show, de tout ce cirque qu'on croyait réserver à Kiss et Marilyn Manson. Fischerspooner représente la plus bestiale mais aussi la plus sensuelle des incarnations de notre société déliquescente. Comme à l'époque de la Factory, tout est ici basé sur l'apparence, le commerce, le marketing, comme nouvelles règles d'un art qui se veut destiné aux masses. Que personne ne s'y trompe : Fischerspooner n'est qu'une splendide arnaque manigancée par deux génies de la pub avides d'exposition médiatique. Bien sûr, c'est grotesque. Et génial à la fois. Parce que cela prouve une fois de plus que ces 15 minutes de gloire sont à la portée de n'importe quel bon manipulateur. Fischer et Spooner l'ont bien compris, puisqu'ils ressortent leur album une troisième fois (après International DeeJays Gigolo et Ministry of Sound), agrémenté cette fois d'un DVD d'1 heure. Au menu : docs, clips, interviews,… Un complément essentiel au disque, puisque l'image s'avère essentielle chez ces deux pirates de l'information, qui sont parvenus avec talent et malice à détourner le medium musical à leur avantage, encore et toujours (et ça fait presque trois ans que ça dure !). Côté musique ? " Emerge ", énorme. Et une reprise de Wire (" The 15th "), genre slow élektro-glam étonnant de profil bas. Puis d'autres tubes, certes mineurs par rapport à " Emerge ", qui empruntent leur minimalisme à Kraftwerk, D.A.F. (" Turn On ") voire Plastikman (" Horizon ") et Orbital (" Ersatz "). L'expérience, aussi bien musicale que visuelle et promotionnelle, vaut en tout cas le détour. Jusqu'à leur prochain coup d'état médiatique.
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