Au premier abord, Scout Niblett passe pour une délurée asthmatique tapant n'importe comment sur sa batterie en gueulant que personne ne l'aime. On ne serait d'ailleurs pas étonné qu'elle soit la copine de Kymia Dawson des Moldy Peaches ou la petite sœur de Daniel Johnston, vu qu'elle partage avec eux la même inspiration névrosée et les mêmes penchants amateurs… Mais à s'y pencher de plus près, il semble clair que l'Américaine n'a rien d'une harpie antifolk : ses chansons ont beau être mal attifées et son look hirsute, on décèle chez la jeune songwriter un talent indéniable pour raconter des histoires et mettre en musique l'Amérique white trash, avec trois fois rien (un drumkit, une guitare, un ukulélé) mais beaucoup de hargne. " I Am " a été enregistré en quatre jours aux studios de Steve Albini, le seul producteur capable de préserver cette rudesse de ton qui donne tout son sel au disque. Au lieu de polir ces chansons boiteuses mais habitées d'une foi inébranlable, Albini a préféré forcer le trait sous peine de passer pour un goujat : la batterie mise en avant et la voix rendue criarde conduit à un disque sans concessions, où l'émotion passe par la colère et le tintamarre. Sur " No-Ones Wrong " et " I'll Be A Prince (shhh) ", Scout Niblett gueule à pleins poumons, pas contente, se défoulant sur ses cymbales comme sur un mec qui se paierait sa tête. Elle ne rigole pas, la Niblett : sur " Drummer Boy ", il y a même des guitares stoner, genre Kyuss dans un appart' trois pièces… " We're All Gonna Die ", murmure-t-elle sur " Your Beat Kicks Back Like Death " : après un bon caca nerveux, voilà que la blonde se tape une déprime. Ah, les filles ! Faut toujours qu'elles fassent des caprices. Allez, ce n'est pas grave… Les règles, voilà tout.

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