Pour sa première BO, Warp ne pouvait choisir d'illustrer qu'un film hors du commun, reflétant au plus près ses exigences de label électro avant-gardiste mais tout de même populaire, sans compromis mais l'esprit ouvert à tous les genres. Comme le film du vidéaste Chris Cunningham (les clips d'Aphex Twin, Leftfield, Björk, Autechre) n'est pas encore prévu, le label anglais a donc jeté son dévolu sur " Morvern Callar " de Lynne Ramsay, une adaptation du roman éponyme d'Alan Warner. Portrait d'une jeune femme délurée décidant de tuer son mari écrivain et de partir en vadrouille dans toute l'Angleterre, le bouquin à peine achevé de son ex sous le bras, " Morvern Callar " est un livre déjà culte, d'un humour et d'une gravité sans failles, qui dépeint également, avec justesse, le milieu des raves et des fêtes techno. Warp a donc visé juste (une habitude) en proposant ses services à Ramsay : l'héroïne, dans le livre, écoute beaucoup de cassettes concoctées par son mari avant sa mort, de Lee Perry à This Mortal Coil, avant de se plonger, à corps perdu, dans l'ambiance extatique des free parties. La musique se révèle donc centrale au livre, comme une bande-son ininterrompue rythmant les faits et gestes de Morvern, Il fallait donc, pour le film, une BO digne de ce nom, qui colle parfaitement à l'héroïne. Warp l'a fait : Aphex Twin et Boards of Canada (les teufs techno), Can, Holger Czulkay (ex-Can) et Lee " Scratch " Perry (les cassettes du mari), plus The Velvet Underground (le rare " I'm sticking with you "), Broadcast, Stereolab, Ween et Lee Hazlewood (la folie douce de Morvern, la mélancolie)… Un sans fautes. Puisse Warp renouveler cette expérience avec d'autres films atypiques : grâce à son excellent back-catalogue, il pourrait encore accoucher de bien des merveilles. Mieux que John Williams et Howard Shore réunis : le label Warp, pour tous vos films, imaginaires ou bien réels.

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