Déjà, " Cold Water Music " impressionnait : ces rythmiques hip hop passées au crible d'une soul lancinante, ces beats cotonneux allongés sur un tapis de cordes en velours, ces voix frémissantes et canailles, ces atmosphères embuées de fin de soirées,… Avec ce superbe album, Andy Turner, petit protégé du label de Rae and Christian, renvoyait tous les apprentis serveurs du Buddha Bar à leur vaisselle sale. Aujourd'hui, la lounge est partout, du magasin de fripes rue Neuve au resto ‘branché’ pour adolescents fans de Saint-Germain. Aim, pourtant, n'a rien à voir avec ces loqueteux pseudo-bouddhistes (Claude Challe en tête) qui mixent Nusrat Fateh Ali Khan sur un fond trance Goa de la pire espèce (un scandale). Il est vrai que l'une de ses plus belles compositions, " Cold Water Music ", s'est retrouvée sur des compiles " Lounge Classic vol. 3 ", entre tonton Jarre repris par Ravi Shankar et le jingle du Bigdil remixé dub par Daddy DJ. Mais c'est sans doute une grossière erreur de sa part, rachetée haut la main par la qualité de ce deuxième album qu'il nous livre dans son écrin magnifique. Car " Hinterland " brille de milles feux, aidé en cela par les interventions de Kate Rogers (déjà présente sur " Cold Water Music ", avec le sublime Sail), Stephen Jones (de Baby Bird, ici en surprenant crooner), les rappeurs de Souls of Mischief et Diamond D. Chef-d'œuvre de hip hop baroque et de soul blanche voluptueuse, " Hinterland " prend aux tripes et laisse pantois d'admiration. Et même s'il ressemble fort au premier, laissant de côté toute surprise (si ce n'est le très wilsonien " A Twilight Zone ", chanté par Turner lui-même, en digne élève du maître Bacharach), " Hinterland " demeure une très grande réussite dans le genre. Aim, on t'aime.
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