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Barfly

Écrit par - Laurent Deger -

En 2003, le trop méconnu groupe de proto-punk Rocket From The Tombs se reforme et propose dans la foulée « Rocket Redux », un album qui les voit réenregistrer en studio des morceaux composés entre mi-1974 et mi-75, leur seule année d'existence. Jusque là, à part quelques concerts capturés de façon artisanale et des démos au son bien cradingue, vendus sous le manteau à l'époque et qu'on peut retrouver dans la compilation « The Day the Earth Met the Rocket from the Tombs », il n'y avait aucune réelle trace discographique. Pourtant, bon nombre de leurs compositions apparaissent sur les premiers disques des deux groupes fondés sur les cendres de RFTT : Père Ubu et The Dead Boys, principales formations avec Electric Eels et The Pagans de ce qu'on baptisera plus tard le Cleveland Punk.

On retrouve sur « Redux » trois membres fondateurs : David Thomas, chanteur légendaire de Père Ubu, Cheetah Chrome, guitariste des Dead Boys et le bassiste Craig Bell rejoints pour la circonstance par Richard Lloyd (ex-Television) et David Mehlman (Père Ubu). C'est également ce line-up qui est responsable de ce « Barfly », le premier réel album du groupe. 37 ans après leurs débuts, que pouvait donc bien nous livrer cette bande de quasi sexagénaires ? Si le résultat ne décevra pas les fans et n'est-ce pas le plus important, il n'est pas certain qu'il leur en apportera beaucoup d'autres. Certes, la voix de David Thomas a conservé toute sa folie et ses textes sont toujours aussi mordants mais la rage a été catalysée depuis longtemps et le groupe reste punk plus par l'état d'esprit que musicalement. On a ici finalement affaire à un garage-rock plutôt classique, en tout cas très mature et maîtrisé. Des compositions intemporelles et efficaces évoquant fatalement Père Ubu, Dead Boys et les Stooges qui donnent l'impression que le groupe a avant tout cherché à se faire plaisir (les très réussis « I Sell Soul » et « Six And Two »). Cheetah Crowe se fend de quelques solos bien sentis mais suffisamment dans la retenue pour ne pas être écœurants. Et David Thomas donne toute sa mesure sur les plages plus bluesy-psyché (« Butcherhouse 4 » et le slow quasi parodique « Romeo & Juliet »). Au final, on passe un bon moment en compagnie de vieux potes et on regrette que Père Ubu n'ait pas mis autant d'application pour concocter son dernier opus, le trop improvisé « The Lady From Shangaï ».

 

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