Conor Oberst, le cerveau de Bright Eyes, est un monstre sacré, une sorte de légende vivante. Et franchement, on songe à prendre le pari : dans quelques années, les autorités américaines songeront à remplacer la Statue de la Liberté (symbole rendu caduque par l’érosion de l’échelle des valeurs) par un buste de Conor Oberst (nouveau résident new-yorkais, par ailleurs). Sans relâche, depuis ses quatorze ans, l’enfant d’Omaha, dans le Nebraska, étudie les bases de la country folk américaine pour mieux la sublimer. Autant dire que le garçon sortait des disques avant même d’entrevoir ses premières poussées d’acné. « Cassadaga », sixième album de l’éphèbe, marque une nouvelle étape dans la carrière de Bright Eyes. Enfin signé sur une major, Oberst délaisse ses introspections dépouillées pour privilégier la densité et quelques levées instrumentales ancrées dans la plus pure tradition du ‘classic rock’.
Qu’il chante l’amour ou des faits sociaux teintés d’implications politiques, Conor Oberst emprunte toujours cette même voix : chevrotante et gavée d’une foule d’émotions (à faire pleurer les plus réjouis). Et si les premières écoutes sont susceptibles de condamner ce disque à la rubrique des albums écrasés par la banalité, il serait dommage de s’arrêter en (si bon) chemin et de ne pas approfondir les idées avancées par Conor Oberst et ses compagnons d’aventure (au rang des invités, on reconnaît notamment Gillian Welsh ou M. Ward). Car le fil des écoutes se révèle vite des plus précieux. « Cassadaga » est un disque à apprivoiser. Comme la belle pochette de cet album, les subtilités harmoniques se décodent ici avec patience.
L’Amérique a enfanté bon nombre d’artistes (con)sacrés en son cœur : Bob Dylan, Bruce Springsteen ou Woodie Guthrie. Avec des titres comme « Four winds » et « Soul singer in a session band », Bright Eyes rejoint (sans mal) ce lignage patriotique. Préparons-nous déjà à suivre la discographie du bonhomme. Les perspectives sont vastes et toujours réjouissantes.

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