Dans l’imaginaire collectif, Holly (Holiday) Golightly restera à jamais cette sulfureuse ‘voyageuse de commerce’, mangeuse d’hommes virevoltante et émouvante, qui sonnait chez ses voisins à trois heures du matin sans se soucier des lendemains. L’héroïne de Truman Capote (dans le magnifique « Petit déjeuner chez Tiffany ») trouve aujourd’hui un écho retentissant dans nos vies : Holly Golightly, de son vrai nom, demeure certainement le secret londonien le mieux gardé des Etats-Unis. Car, bien qu’Anglaise, Holly possède la voix d’une Amérique imagée, fantasmée (même Jim Jarmusch s’est laissé prendre au jeu au moment de concocter la bande originale de son « Broken Flowers »). En fait, le jour où elle s’est glissée sur scène en compagnie des flexibles Headcoatees de Billy Childish, miss Golightly n’imaginait certainement pas qu’elle rencontrerait un jour les White Stripes et autres phénomènes internationaux de la culture rock indépendante.
En 2007, Holly Golightly s’accompagne des Brokeoffs (un drôle de patronyme pour ce qui ressemble à un homme orchestre, répondant au joli nom de Dave Lawyer ) pour sortir « You can’t buy a gun when you’re crying », douzième album (solo) d’une discographie alléchante. D’un chant chaleureux comme une bougie dans l’obscurité, la dame nous conte quelques nouvelles histoires endimanchées de légers arrangements : jeu de cordes dépouillé mais enjoué, kit de batterie minimaliste et autres petites notes de piano. Du folk au blues, en passant par la country, tout le répertoire de la musique traditionnelle US se voit ici sublimé. Que ceux qui sont tombés amoureux de la pureté des White Stripes et de l’honnêteté d’une chanson comme « In the cold, cold night » se jette dans les bras de ce disque !
Le nouvel album d’Holly Gollightly nous emmène à l’aventure, dans des rêves d’Amérique profonde. On se voit déjà pénétrant dans un troquet où le seul client accoudé au comptoir est cet infâme glandeur de Lebowski, les yeux mi-clos devant une Budweiser mi-pleine. Au mur, des peaux de croco et quelques photos souvenirs des plus belles prises de la dernière grande chasse aux alligators. Du rêve par procuration, des images plein la tête. Bienvenue dans l’univers d’Holly : bande-son parfaite de tous les Tarantino à venir et des fonds de bouteilles à finir, « You can’t buy a gun when you’re crying » ne fait que confirmer le talent exacerbé d’une artiste dont l’apparente facilité d’écriture et le sens mélodique pourraient bien devenir une référence pour les générations futures.

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