Comment expliquer la pluralité artistique des musiciens islandais sur la scène internationale ? La réponse est simple : placer la culture au centre du débat politique. C’est un pays pourtant où, avant que n’éclate la bulle financière de 2007, soufflaient des vents drus de folie et des rêves de démesure soulevés par les ‘Vikings de la Finance’ aux dents longues, à l’âme exsangue. Alors sévissaient au Nord du Monde la soif inextinguible de l’or, la fièvre consumériste et l’aliénation spéculative. Avant le crash final inévitable (2008). Le bel édifice bancaire reposait sur des sables mouvants qui l’ont englouti et le pays a sombré brusquement dans la faillite. Le peuple a alors repris les choses en main et chassé les mirages. Ainsi, à l’austérité, l’Islande a préféré une politique de ‘New Deal’ artistique qui a fait de la culture le deuxième moteur de la croissance du pays, rapportant près d'1 milliard d’euros par an. La culture représente ainsi près de 20% du PIB national. Un pays qui démontre qu’il peut exister une vie en dehors des banques.
Ólöf Arnalds tient une place importante dans le paysage musical islandais, au sein de cette effervescence et mouvance artistique. Depuis une dizaine d'années, l’enfant du pays s’illustre effectivement dans plusieurs projets collectifs. Membre sur scène de Mùm, elle a également travaillé en compagnie du bassiste Skulli Sverrisson. En 2010, sur son disque précédent, la multi-instrumentiste a d'ailleurs signé duo remarqué auprès de Björk, pour publier "Surrender", taillé sur mesure pour leur voix d'exception.
Le troisième album, « Sudden Elevation », n’est donc pas le produit d’une inconnue. Ce dernier essai folk enregistré dans son Islande natale, chanté totalement en anglais, capture un talent de songwriting rare et singulier. Un air désinvolte qui sillonne toutes les pistes d’un album réinventant des peines de cœur magiques, éclatées et irréelles. Un son aux harmonies complexes et calmement électriques qui étanche la soif de création sonore de l’artiste et témoigne de sa prédilection pour l’expérimentation sonique. Un ‘12 titres’ proposant une série de morceaux courts, acoustiques, tout en intériorité. Une instrumentation mise au service de la voix ondulante d’Ólöf Arnalds qui flirte incestueusement avec celle de ses ainées Stina Nordenstam et Anja Garbarek.
Malgré une production trop sage, Sudden Elevation nous réserve pourtant quelques moments d'exception et emporte l'auditeur vers des territoires inconnus. Ainsi, « Call It What You Want » s’énerve, choque, captive et s’élève aussitôt vers les univers uniques de Joanna Newson ou Karen Dalton. Une voix singulière dont on joue comme d’un instrument supplémentaire qui sonnerait comme une caisse claire. « Return Again », plus représentatif, est une ballade fragile, presque friable, bercée d’une voix paradoxale, angélique et malicieuse, d’arpèges de guitare et de notes de piano graciles et rêveuses et de la folie douce de sa propre mélodie. « Little Grim » s'envole, prenant, in fine, l'allure d'une chorale improbable. « Numbers and Names » se construit comme un étonnant jeu de voix en écho. Le morceau titre évoque même le Nick Drake de Pink Moon, guitare au plus proche de la mélodie, l'émotion à nu. A lui seul il mérite notre attention.
Produit par son fidèle collaborateur Skúli Sverrisson dans les profondeurs obscures d’une cabane en bord de mer à Hvalfjörður (littéralement le fjord de la baleine) durant l’automne 2011, « Sudden Elevation » s’enivre d’une âme féérique et profondément scandinave.
Il y a deux ans, la chanteuse islandaise nous l’expliquait : ‘Depuis l’adolescence, je joue pour les mariages, les enterrements. J’aime ce rôle communautaire : jouer pour la famille, être avec les gens quand ils ont des choses à célébrer.’ Invitation lancée pour venir arpenter les chemins du Botanique où l’artiste viendra rejoindre les 142 noms à l’affiche de l’édition 2013 des Nuits Botanique. Une célébration qui aura lieu sous le chapiteau du jardin botanique ce lundi 13 mai prochain. Lévitation assurée.

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