Il faut avouer que les deux premiers albums de MGMT m’avaient laissé quelque peu perplexe. Pas qu’ils étaient de mauvaise facture. Au contraire. Mais vu la signature aussi rapide du band chez un label major, j’étais sceptique quant à la suite de leur parcours artistique. Je me suis planté, mea culpa. Et de nombreux confrères continuent de tirer sur le pianiste, car ils n’ont probablement toujours pas compris leur démarche. Il est vrai qu’elle n’est vraiment pas facile à appréhender. Car leur troisième elpee est un petit chef-d’œuvre. Et le producteur, Dave Fridmann, n’est certainement pas étranger à cette réussite. Il avait déjà mis en forme le deuxième elpee du duo new-yorkais, « Oracular Spectacular », mais c’est surtout le producteur attitré de Mercury Rev (NDR : au sein duquel il a d’ailleurs sévi comme bassiste, jusqu’en 2001) ainsi que des Flaming Lips. Notamment. Sa patte est donc incontestablement présente tout au long du nouvel elpee de MGMT. Et tout particulièrement sur le morceau final, « A orphan of fortune », une plage majestueuse, crépusculaire, digne de la bande à Jonathan Donahue ou de Wayne Coyne. Ce qui n’est pas pour me déplaire. Et si le duo se sert allègrement de l’électro, c’est très souvent dans l’esprit d’Animal Collective. Voire même d’of Montreal. A l’instar de « A good sadness », une compo luxuriante sculptée dans un disco singulier, qui ouvre une forme de trilogie cosmique. Le presque dub « Astro-Mancy » lui emboîtant le pas et l’atmosphérique « I love you too, death » achevant l’exercice de style, une piste au cours de laquelle les vocaux en apesanteur sont bien mis en exergue, avant qu’ils ne se fondent dans une expression sonore qui prend alors crescendo de l’amplitude et de la richesse, sans avoir –ou presque– recours aux percus.
Le long playing s’ouvre par « Alien days », un titre de prog pop, qui aurait pu naître d’un débat parlementaire entre les anges et les démons, au sein de votre âme. Nonobstant ses synthés, « Cool song n° 2 » nous renvoie au « More » du Floyd. Cette profondeur des percussions reflète parfaitement cette impression. Les drums sont à nouveau floydiens tout au long de « Mystery disease », alors que les vocaux nous renvoient à Wire et la structure de la compo aux Doves. « Your life is a lie » constitue certainement la composition la plus contagieuse de cet LP. Et pourtant, on ne distingue ni couplet ni refrain. Du grand art ! Un clin d’œil au Beach Boys ? « Plenty of girls in the sea ». Un peu de soleil et des filles en bord de mer. Sur la plage, si vous préférez ? Encore que si la compo semble plutôt hantée par le spectre de Brian Wilson (NDR : ces voix !), le tempo emprunte carrément au glam de Garry Glitter. Une cover ? « Introspection » de Faine Jade, un ensemble garage obscur issu de sixties. Une chouette reprise susceptible de vous inciter à fureter au sein des compiles Pebbles et Nuggets. En publiant ce disque éponyme, Benjamin Goldwasser, Andrew VanWyngarden et Dave Fridmann on réussi un véritable tour de force. A ce titre, ils méritent qu’on leur tire notre chapeau.
En achetant le cd ou le vinyle, un code secret vous permettra de télécharger une vidéo réalisée sous influence, un clip multicolore qui propose un périple complètement décalé d’un drôle d’insecte déambulant au sein d’un univers imaginaire. Et ce au son des 10 pistes de l’opus. De quoi donner une dimension encore plus hallucinée aux compos…

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