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Exile

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Regarde les Hommes Tomber publie son second album studio, « Exile », deux ans après avoir gravé son premier LP éponyme. Peine perdue d’essayer de coller telle ou telle étiquette sur le front à ce groupe nantais : il jette ici dans le feu des ingrédients du Black Metal et du Sludge, pour les faire mijoter dans un bain de nappes atmosphériques apocalyptiques. Une cohérence indéniable entre le patronyme du band, l’artwork de l’opus et les compositions musicales : l’être humain en est arrivé à un tournant de son existence ; au bord d’un précipice il doit emprunter une nouvelle voie s’il veut encore subsister. Un stade où le désespoir et l’angoisse sont poussés à leur paroxysme, entraînant l’humain à un nouveau stade où soit il se dépassera, soit il périra.

Hautement inspiré par les récits bibliques, ce nouveau long playing raconte l’histoire d’un peuple d’hommes débarquant au Monde de Dieux pour finalement s’en faire chasser, brisant ainsi les rêves et projections d’une vie, les poussant à l’exil, et suscitant dès lors un esprit de vengeance sans limite. ‘This reign must end right now, How can we still stare at the stars, How can we listen to the sun, My friends, my men, till the end, Our luminous gladious swords will be our words’ annonce prophétiquement le premier couplet du morceau clôturant cet LP. Pendant un peu plus de quarante minutes, le tout en sept morceaux, les Français dépeignent au sein d’une ambiance lourde, tantôt défaitiste, tantôt anxiogène, la prise de conscience d’un peuple trompé par des Dieux méprisants, hautains et sans pitié. Les parties vocales, refoulées en arrière-plan, relèvent majoritairement de cris d’âmes déchirées, tourmentées de temps à autre par des chuchotements et des envolées plaintives. Empruntant les ficelles du Black Metal, que ce soit pour la voix, certaines rythmiques ou encore certains riffs, Regarde les Hommes Tomber a, en outre, recours massivement à la répétition, au caractère hypnotique et à la lourdeur du Sludge, agissant tel un liant froid et épais entre les différents instruments.

Pour apprécier « Exile » dans les meilleures conditions, il est nécessaire de se poser, de se laisser immerger par sa thématique et ses sonorités. Il relève de l’expérience, où les sentiments et les sensations gagnent nécessairement face à la raison. Telle une cerise sur les restes de ce qu’à dû être un bon gâteau, le digipack bénéficie d’un magnifique artwork, évoquant une colère divine sous les traits d’une sérigraphie, à l’aide d’éclairs frappant les vestiges d’une civilisation. Emportant avec eux ce qui était à portée de main, hommes, femmes et enfants se dirigent à l’avant-plan vers un inconnu, en laissant derrière eux ce en quoi ils avaient cru, leurs prétendus sauveurs habitant les cieux portant à présent le masque de leurs bourreaux.

Les amateurs d’ambiances annonçant le déclin de l’espèce humaine, de lendemains sans horizons et de soleils noirs ne pourront qu’apprécier cette œuvre riche, recherchée et envoûtante. La maîtrise est palpable et la volonté de sortir des sentiers battus en ressort largement gagnante. Une joie non dissimulée à relancer plusieurs fois l’œuvre, non pas uniquement par plaisir auditif mais en grande partie par goût de l’expérimentation de la sensation du déclin transmise par Regarde les Hommes Tomber. Davantage qu’à son écoute, le mélomane est embarqué dans un voyage périlleux.

 

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