A quoi peut s’attendre le fan de Calexico ? Des débuts lo-fi de Smog à la sombre puissance dramatique de The Black Light, de la folie mariachi de Hot Rail à Feast of Wire empreint de l’ombre de Gil Evans, le groupe de Tucson n’a cessé de se réinventer. Certes, tous provenaient du même bassin, mélange de Fado portugais, de jazz fifties, de surf et twang rock, de musique tzigane et des B.O. homériques d’Ennio Morricone mais il semble qu’ils aient cette fois vidé l’eau du bain. Tourner avec des groupes comme Wilco ou Iron & Wine a probablement été décisif dans le processus d’écriture. Mais sans crier au scandale, il faut avouer d’emblée que ce petit dernier peine à séduire. Ce qui frappe aussitôt, ce sont ces accents pop-rock auxquels le groupe ne nous avait pas habitués. « Cruel », « Bisbee Blue » ou « Lucky Dime » sont de jolies petites bluettes bien propres sur elles qui auraient gagné à être un peu plus poussiéreuses. Honorablement contrebalancées par la profondeur ténébreuse de « Yours and Mine » et surtout la bouleversante « Smash » qui se fond en valse épique, chair de poule assurée. Burns et Convertino n’ont rien perdu de leur patine lorsqu’il s’agit de se cramer la peau et il serait audacieux de se frotter à « Roka (Danza de la muerte) » (rehaussée de la présence de Amparo Sanchez), sans un bon indice de protection. Par la grâce de « Deep down », ils avouent s’être inspirés d’Arcade Fire et opèrent une salutaire hausse de ton avant « Nom de Plume », texte en français mais complainte sans relief. C’est au moment où l’on s’attendait à quitter le disque sur la pointe des pieds que le duo vous empoigne et vous scotche au mur. « All System Red », incroyable crescendo toutes guitares dehors, permet de repartir le cœur au chaud et l’esprit confiant. Si le jardin est en ruines, la maison tient encore debout.

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