Quelle est la véritable ambition de Shearwater ? Pousser l’auditeur au cœur d’une inextricable dépression ou le libérer d’un insoutenable poids qu’il porterait sur ses épaules ? Dans un cas comme dans l’autre, la formation vise dans le mille. D’une beauté troublante, « Rook », le cinquième essai de Jonathan Meiburg, ex-Okkervil River, s'enfouit dans une mélancolie d’une profondeur déroutante. « Rook » est manifestement tout sauf un disque joyeux. Il ne s’agit pas non plus d’un disque se prêtant à la séduction. « Rook » est de ces œuvres que l’on écoute seul, enfermé chez soi, lorsque tout va mal et que les larmes ne peuvent être retenues plus longtemps.
Shearwater délivre dix compositions remarquablement asthéniques, sur lesquelles on peut se laisser aller à exprimer ses peines les plus viscérales. Meiburg n’hésite pas exprimer les siennes de la plus poétique des manières sur les somptueux « Home Life », « I Was A Cloud », « The Snow Leopard » l’abrupt « Century Eyes » ou l’intriguant « South Col ». L’absence de Will Sheff, leader d’Okkervil River et membre originel de Shearwater, s’avère libérateur pour Meiburg qui exploite ici son potentiel au maximum. « Rook » est à déconseiller aux dépressifs chroniques mais devrait octroyer aux autres une délivrance salvatrice.

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