L'ouverture, très punk, assenée par le premier morceau éponyme (« Blood Vision ») donne le ton au projet solo de Jay Reatard (paru sur le label californien In The Red Records). On adhère aisément à cette énergie débordante, directe et spontanée enchaînant les rebonds au fur et à mesure que l’on s’avance dans cette lecture à l’avant-goût fort agréable, notamment sur les morceaux « It’s so Easy » et le sublime « My Shadow ». Jouant sur un tableau dépeint de punk rock garage et de new wave, l’entrée prometteuse et engagée de « Blood Vision » s’enlise ensuite dans de vaines mélodies mielleuses. Pourtant, leur jeu rythmique est dynamique, mais traîne en longueur. Dès lors, les compositions de Reatard s’écoutent, se chantent, se dansent même, mais loin de toute exaltation radicale.
Jay Reatard est sérieusement ancré dans le mouvement punk. Quelques œillades en direction de la durée de ses morceaux, de la prolifération de ses démos et de ses multiples formations parallèles (The Reatards, The Lost Sounds, Final Solutions) suffisent à comprendre l'engagement du bonhomme. Reatard va même jusqu’à créer son propre label (Shattered Records) en compagnie d'Alix, sa compagne, avec laquelle il forme aussi le duo new wave garage Angry Angles. Jay Reatard est un acharné, un de ces workalcoholics fanatiques d’un genre dont il ne démord pas. Longtemps assimilé au groupe The Oblivians (tous deux originaires de Memphis, Tennessee) qu’il copiait de façon notoire, Reatard essaye aujourd'hui de se distinguer, de se façonner un son propre, mélodique, entraînant, dynamique. Malheureusement, l'ingurgitation excessive de ses influences le conduit à affaiblir son propos. Le projet prend alors des airs de covers.
Aucune originalité donc et ce, malgré l’énergie débordante de cet opus aux multiples influences. Pour résumer: un croisement entre les Stooges et Devo, les New York Dolls et les Ramones, et une voix hybride, évoquant l'improbable rencontre entre les timbres de Frank Black et de Gaz Coombes (Supergrass). On regrettera le coté répétitif de cet album, ces morceaux sculptés sur des sonorités redondantes, des couleurs musicales motrices d’un leitmotiv soporifique.

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