Sufjan Stevens est notre ami, parce qu’il en a tout l’air : un type sympa, qui a une bonne tête, et qui s’amuse depuis deux disques à brosser le portrait d’une Amérique qu’on avait oubliée depuis que Bush fait ses mimiques dans son bureau ovale. Entendez : une Amérique avec des gens dedans, qui ont leurs joies et leurs chagrins, et qui vivent vraiment, loin des statistiques de CNN, et de l’alarmisme ambiant. Et même quand il parle de serial killers (« John Wayne Gacy, Jr. »), c’est magnifique, et l’on se rend compte alors que ce disque, ben ouais, regorge d’humanité. Et c’est un bonheur, qui vous prend à la gorge dès les premières notes, et on dirait du Philip Glass, voire du Steve Reich, bref c’est tellement pétulant d’harmonies qu’on verrait bien ce type dans une publicité pour Mobistar, où tout le monde il est beau et il est gentil et il est insouciant et à la fin on se dit que la vie est super belle, à l’aise. « Illinoise », c’est encore mieux que « Michigan », et on attend le « Texas » avec grande impatience. Des cascades de chœurs plus miroitantes qu’à Niagara, de la country que même le Man in Black il s’habillerait en rose, de la pop universelle. Encore mieux qu’un Empire ! C’est bien simple : les 22 morceaux qui composent ce disque donnent envie d’aimer tout le monde, du péquenaud de Chicago au Superman de la pochette (bientôt un collector, parce que Marvel Comics n’est pas content – rires gras). Les blasés ventripotents pourront toujours blaguer que ‘ce type, quelle tante ! Un mormon qui miaule entouré de majorettes !’ ; mais c’est du pur cynisme. Sufjan Stevens, lui, est un homme valeureux, optimiste, une espèce d’artiste à la gracilité féconde. Il illumine le quotidien de ces comptines sereines, et vice versa. C’est un impressionniste, doublé d’un chroniqueur mondain, et le Monde ne se limite pas aux States (même si c’est le concept). L’universel, en particulier : voilà vers quoi ses chansons tendent, en racontant, en fin de compte, les ‘petites choses de la vie’… Mais ‘Il n’est pas une seule chose qui soit trop petite pour une créature aussi petite que l’homme. C’est en nous attachant aux petites choses que nous atteignons au grand art, l’art d’avoir le moins de peine et le plus de bonheur possible’ (Samuel Johnson). God Bless Sufjan Stevens !
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