Au fil du temps, du vent, les Cardigans se sont imposés sur le marché du disque. Et pour tout dire, le groupe de la charmante Nina Persson a longtemps été le bel arbre qui cachait la forêt scandinave. Pourtant, les Cardigans ne faisaient pas d’ombre à leurs compatriotes. Bien au contraire : ils ont largement contribué à révéler au monde une scène bouillonnante, sulfureuse et rafraîchissante comme le blizzard suédois. Sans eux, les Hives répéterait toujours dans leur cave, déguisés pour le carnaval local de la ‘Sant-Sveningsson’. La frimousse de la jolie Stina Nordenstam ne serait qu’un fantasme moderne, nordique. Et les exemples sont nombreux. Si les Cardigans ne signent pas des classiques à toutes leurs sorties, ils peuvent être fiers de leur brèche, de ce courrant d’air populaire nécessaire à la vitalité d’une scène qui, aujourd’hui encore, n’attendrait que le dégel. Le sixième album des Cardigans, « Super Extra Gravity », ne dénature pas la chaude atmosphère installée par le groupe depuis 1994. Mais cette fois, mis à part le single « I Need Some Fine Wine and You, You Need to be Nicer » (ce titre !), il y a fort à parier que l’avalanche des tubes provoquée par l’album « Gran Turismo » ne se reproduira pas. Ce nouveau disque lorgne davantage du côté de l’intimité de Nina, de ses rêves énamourés au sein de « A Camp », son projet sacré avec Mark Linkous (Sparklehorse). « Super Extra Gravity », c’est l’histoire du superbe album d’un modeste succès commercial. Les Roméo et Juliette peuvent toujours chercher un « Lovefool » sur les 11 titres de ce disque : leurs recherches seront vaines. Ne leur restera alors que la solution ultime : l’élixir empoisonné. En 2006, les Cardigans se présentent simplement et humblement dans une musique confinée aux recoins de leurs univers mélodique : pop classieuse et bijoux en acajou. Les fans se réjouiront de cette nouvelle période de faste, les autres regretteront de ne pas entendre le nouveau « My Favourite Game » dans les haut-parleurs de leur supermarché préféré.