En l’an de grâce 2000, un chroniqueur laissa sur ce même site un humble avis à propos de « Melody of certain damaged lemons ». Il termina par cette phrase : « Finalement le plus surprenant devient le label... » (le respect du travail d’autrui oblige à replacer cette constatation visionnaire entre guillemets). Abordant l’année de ces 30 ans, ce même chroniqueur arbora son plus beau sourire en recevant ce nouvel album de Blonde Redhead. En constatant immédiatement...un nouveau label. Hum, hum. Quel nez ! Quelle pertinence! Bon, d’accord, de l’eau a coulé depuis 4 ans et cessons cette autosatisfaction déplacée. La vie n’a pas épargné notre trio new-yorkais mixte préféré. « Elephant woman » démarre la galette et déjà Kazu offre toute son humanité en couchant sa mésaventure équestre qui lui a valu quelques vertèbres en désordre. Le type d’événement qui vous bouscule un calendrier de carrière. On imagine également les soucis administratifs pour la naturalisation de frères Pace. Lorsque le groupe retourne en studio, l’ambiance doit être au soulagement. Et si un groupe n’est jamais aussi meilleur qu’après quelques ‘soucis’, nous en venons à remercier ce cheval. Car Blonde Redhead tient ici son propre miracle musical. A la première écoute, vous êtes séduits; à la deuxième vous êtes intrigués ; à la troisième, littéralement envoûtés. Pas de hasards ici. En décortiquant un tout petit peu, les raisons de cette réussite tiennent en peu de mots. D’abord : piano et corde; ensuite : mélodies. La texture musicale s’enrichit considérablement par l’apport de ces instruments utilisés pour chaque titre. Une technique qui donne des couleurs et ajoute une dimension mélancolique bluffante. Et de se mettre à rêver. Nous savions que Blonde Redhead aimait Gainsbourg. Voilà qu’ils lui piquent ses violons. « Misery is a buttefly » calque ces sections sur le génie français. Nous ne savions peut-être pas que Blonde Redhead aimait l’album « Kiss me kiss me kisse me » des Cure. « Anticipation » en est la preuve. Voilà qu’ils leur piquent ses synthés d’après minuit. Depuis leurs tout débuts, Blonde Redhead cherchait toujours une qualité de mélodies. Cet album vous fait chanter, pas fredonner. Etonnant, 4AD sort « Equus » en single, titre le plus rock de l’album, comme pour nous rassurer de la bonne santé du band. Las, placé en fin de disque, le titre aurait pu tout simplement être gommé de l’opus. Simple remarque en passant pour ceux qui s’en tiennent qu’à ce qu’ils peuvent entendre en radio. Récapitulons : groupe gainsbourgien de la scène cold wave contemporaine new-yorkaise, Blonde Redhead marque au fer rouge son retour parmi les esprits assoiffés de hype. Allez, je me lance : finalement le plus surprenant devient la taille des salles...