Bande sonore idéale pour un roman de James Ellroy (L.A. Confidential, Le Dahlia Noir, etc.), la musique de Clare & the Reasons évoque l’Amérique de l’entre deux-guerres. Le crash de 1929 n’est pas loin et cet album nous rappelle cruellement la crise économique actuelle.
Au sein de cette formation, on retrouve Clare Muldaur. Cette Américaine n’est pas née de la dernière pluie, puisqu’elle est la fille de Geoff Muldaur, compositeur mythique, notamment responsable du thème non moins mythique du « Brazil » de Terry Gilliam. Une ascendance pratique et sur mesure en guise de porte d’entrée dans le monde fermé de la musique new-yorkaise. Son père l’a également influencée durablement en lui faisant découvrir celle des années 30, dès son plus jeune âge. Et le moins que l’on puisse dire c’est que cet aspect rétro est parfaitement répercuté tout au long des compos de cet elpee. Clare reconnaît d’ailleurs souvent Bessie Smith (chanteuse de blues des années 20) comme influence majeure. L’éducation musicale de Mrs Muldaur est néanmoins fort classique. Elle a fréquenté le Conservatoire de Boston et puis opéré une étude approfondie du jazz. C’est aussi lors de son apprentissage qu’elle fait une rencontre primordiale pour la suite de sa carrière tant musicale que sentimentale. Celle du compositeur et musicien français Olivier Manchon. Les deux artistes se marient quelques temps plus tard à New-York où ils rencontreront les futurs membres de The Reasons. Cette histoire proche du conte de fées ne s’arrête pourtant pas en si bon chemin. Car pour concocter « The Movie », Clare a reçu le concours de Van Dyke Park, devenu le partenaire indispensable de Brian Wilson à la composition (NDR : sur « Smile » dernièrement ») et du petit génie de la pop actuelle, Sufjan Stevens (NDR : il apporte son concours au très beau « Nothing/Nowhere »). On a connu pire comme début !
Premier elpee du combo, « The Movie » réunit toutes les conditions pour accoucher d’une œuvre parfaite. Mais quel est le véritable résultat ? Côté arrangements, le travail est impeccable. Digne d’Andrew Bird. Les instruments sont bien en place. La voix douce et caressante de Clare est parfaitement maîtrisée, rappelant même celle de Nina Persson des Cardigans. Et il faut admettre qu’une bonne moitié des chansons sont très réussies. En particulier « Pluto », morceau qui ouvre le cd et la très belle reprise du « Everybody want to rule the world » des Tears For Fears. Mais à force de gommer les aspérités, les compos deviennent lisses. Trop lisses. Et privées de ce petit grain de folie, les pop songs légèrement teintées de jazz finissent par devenir ennuyeuses. Dommage, car cet exercice de style ne manque pas de charme. Un charme également reflété par la pochette illustrant une Clare déguisée en G.I. yankee. D’époque, bien sûr. Un peu comme si Clare revendiquait l’héritage de Judith Garland…

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