Tout d’abord attachons-nous aux faits : atterrir sur la sous branche ‘électrique’ du Label Bleu attire l’attention. Surtout associé au jazz et à la musique dite ‘world’, ce label peut se targuer d’héberger des noms réputés dans leurs milieux respectifs. Que ce soit Louis Sclavis, Steve Coleman ou Stefano Di Battista pour le jazz ou Rokia Traoré pour la world, toutes les sorties estampillées Label Bleu suscitent généralement une curiosité justifiée. Ouvert à d’autres formes d’expressions musicales, ce n’est ni plus ni moins qu’au boss du label en personne qu’Innocent X tape un soir dans l’oreille. Lui qui en a sûrement entendues d’autres, décide donc de signer ce trio parisien pour un premier album qui sortira en 2002 (“Haut/Bas”). Trois ans plus tard, ils nous reviennent flaqués de ce deuxième effort, poétiquement intitulé “Fugues”. Après “Haut/Bas” et son titre ‘binaire’, induisant aussi bien la chute que la répétition (nuit, jour, nuit, jour,...), on relèvera sans peine l’importance accordée par le groupe au mouvement. Ou à la mouvance. Et pour gentiment passer pour un érudit, paraphrasons Monsieur de Candé au sujet de la fugue dans le dictionnaire de la musique : ‘Il est exact, cependant, que sa pratique (la fugue, donc) est difficile, car rien n’est plus difficile que d’organiser la liberté’. Et cette liberté qui manque tant au ‘post rock épique’ et à ses figures de proue contemporaines (Mogwai et Godspeed en tête, engoncés dans leurs gimmicks), Innocent X s’en repaît jusqu’à l’effet normalement escompté : nous emmener, affranchis. A aucun moment “Fugues” ne patauge dans le genre, ni ne remplit la galette jusqu’à la boursouflure en répétant les sempiternels même schémas, le groupe n’usant pas de recettes. Mais diversifie les approches. Ici, France Cartigny chante une comptine enfantine traditionnelle et se rapproche d’Ulan Bator; là Anne-James Chaton déclame ses textes abstraits et socialement engagés, copinant avec Diabologum ou Expérience. Vous l’aurez compris, Innocent X se démarque en comprenant intelligemment que le post rock ne se construit pas uniquement le temps d’une chanson, mais demande de la cohérence et du mouvement sur la longueur. ‘La messe est dite’ dixit en son temps le Pape Innocent X (1644-1655). “Art is a question of going too far” enchérira bien plus tard Francis Bacon.