Au milieu des années 90, la ville de Bristol était considérée par beaucoup comme le centre névralgique du trip-hop, cette musique langoureuse puisant dans la soul, le hip hop et l'électro. Une étiquette aujourd'hui galvaudée par toute une cohorte de faussaires habitués des bars à tapas. De Massive Attack à Portishead, l'on y cultivait avec talent le spleen moite et ouateux, certains allant jusqu'à diluer leurs états d'âme dans d'encore plus sombres et dépressives ambiances. C'était le cas de Third Eyed Foundation, et de Movietone. Aujourd'hui, Rachel Coe et Kate Wright semblent plus épanouies : leur musique élégiaque n'a plus peur d'être happée par le vide, et la marée a emporté leurs vieux démons. De la tristesse d'autrefois ne subsiste plus qu'un vague à l'âme finalement rassurant, une nostalgie pleine de réconfort. La marée, les vagues : une obsession chez Movietone, pour qui les notes bercent autant que le bruit du ressac. Pas étonnant que cet album, le quatrième, ait été enregistré sur une plage : on y entend les mouettes, la mer, autant de détails sonores qui renforcent la torpeur organique de ces onze vignettes post-folk à la fluidité désarmante. S'abandonner dans ces arpèges étirés, ces mélodies tétanisantes, c'est comme plonger la tête sous l'eau et retenir son souffle : le cœur bat la chamade, mais très vite la sensation d'être seul se change en extase sensitive. Immergé dans cette plénitude, on retarde le moment où, hagards, nos poumons réclameront un peu d'air et nos yeux de lumière. C'est le retour à l'être embryonnaire, au commencement du moi et du reste du monde.