Tori Kudo est un des artistes les plus prolifiques de l’underground japonais, mais c’est sous ce pseudonyme hébraïque qu’il est le plus connu. Huit ans séparent cet album de son prédécesseur, un triple CD de… 83 chansons psyché-folk. Cette fois, il y en a 41 au compteur, pour la plupart ne dépassant pas deux minutes, voire à peine quelques secondes. Enregistré en deux jours aux studios de Stephen Pastel (grand fan et boss du label Geographic), « Blues du Jour » mêle joliment petites comptines folk aux ambiances de catéchisme et vignettes instrumentales (des haïkus ?) pleines de charmes lo-fi (antifolk ?). Chantés dans un anglais trébuchant et enrobés le plus souvent de cuivres, ces 41 titres qui s’enchaînent comme autant de pièces d’un puzzle (chinois) laissent quand même circonspects. Tori Kudo donne l’impression de s’être arrêté à l’ébauche d’une œuvre qui portait en elle pourtant bien des promesses. Comme si ces morceaux n’étaient présents ici qu’à l’état d’embryons, tués dans l’œuf avant d’avoir pu révéler toute leur splendeur. C’est parfois réussi (« Open Field », entre Pascal Comelade et Papas Fritas, « Good Morning », « What’s Your Business Here Elijah ? », « Blues du Jour » et son riff à la… « Purple Haze ») et c’est encore plus dommage : si Tori Kudo n’avait pas dilué son talent dans autant de chansons à moitié développées, « Blues du Jour » aurait pu être un grand disque.