L’impression d’être perdu dans les bois, les doigts gelés et les pieds en compote. Au loin ricoche l’écho d’une voix fluette mais rassurante, parmi ce noir, ces épines, cette argile. Un ange ? Un fantôme ? La silhouette se faufile entre les arbres, tel un elfe apeuré qui n’aurait jamais vu d’hommes. Dans sa fuite, ses pas tintinnabulent : on dirait de la musique. On dirait celle de Tina Nordenskjöld : boisée, vaporeuse, parfois mutine mais aussi inquiétante. On l’écoute comme on lit un conte qui fait peur, même si on s’efforce de rire, pour se donner bonne contenance. Mais qui se cache derrière cette voix apparemment docile ? L’apparence : chez Tina Nordenskjöld tout est affaire de suggestion. Dans les films d’horreur, c’est ce qui donne le plus la chair de poule. « Cat. People », la Suédoise ? Ses griffes rétractées, on dirait qu’elle est câline… Mais sous ces mélodies fragiles, presque pop, se cache un univers bien plus obscur, ésotérique (la pochette/le jazz à la Garbure). Tina Nordenskjöld, égérie d’un monde spectral, aux contours flous, qui d’abord réconforte puis angoisse ? Si ce monde-là est sauvé, nous autres sommes en danger.